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The Lobster : la critique

The Lobster Cette satire absurde des rapports amoureux dans les sociétés modernes est une petite merveille d’humour noir et d’austérité, même si la forme finit par prendre le dessus sur le fond.
The Lobster Note:3/4
Titre original: The Lobster
Réalisation: Yorgos Lanthimos
Scenario: Yorgos Lanthimos, Efthymis Filippou
Casting: Colin farrell, Rachel Weisz, John C Rielly, Ben Whishaw, Jessica Barden, Lea Seydoux, Olivia Colman…
Sortie: 28 Octobre 2015
<— Pour trouver le DVD, cliquez sur l’affiche

Vu le 8 novembre 2015 à 17h30 à l’UGC Ciné Cité Confluence

Synopsis:
David vient d’être quitté par sa femme et, dans un monde où la vie en couple est une obligation, il se voit contraint de rejoindre un hôtel dans laquelle il aura 45 jours pour trouver une nouvelle partenaire, sans quoi il sera transformé en l’animal de son choix, pour David, le homard. Durant son séjour, il pourra gagné des jour en plus en chassant des solitaires : des rebelles qui vivent dans la forêt et refusent catégoriquement la vie de couple.
Critique :
Il n’est pas fréquent de tomber sur un film de cette trempe. Loin d’être dépourvu de défaut, The Lobster impressionne par sa forme et son absence de concession. Qu’il s’agisse des décors, de la direction d’acteurs, de la construction des dialogues ou même du rythme de chaque plan, le réalisateur fait un sans faute dans sa maîtrise du langage cinématographique et nous propose un conte absurde déshumanisé et satirique comme on en croise rarement. De ce fait, on se plonge assez facilement dans cette oeuvre qui pourrait pourtant paraître complexe et exigeante. Le film nous propose également un parallèle intéressant : il nous montre une société qui a perdu toute forme d’instinct ou de naturel et qui a pourtant inclus dans ses codes une notions quasi animale du couple, le couple est plus qu’une norme c’est une obligation, comme une nécessité de survie et dans le cas où elle n’est pas respectée, les hommes (la meute) qui se débarrassent des éléments dissidents. Mais ce processus est fait avec la froideur et la passivité de n’importe quel autre processus administrative, ce qui le rend d’autant plus violent et incompréhensible, le film s’amusant ainsi à mélanger ce qui était une loi de la nature et ce qui est devenu une sorte de lois dans la société. Le film s’intéresse à un personnage qui, dans cet univers, est un inadapté social : quand il est dans l’hôtel où il doit trouver une partenaire, l’idée de se mettre en couple le rend complètement apathique alors qu’une fois qu’il rejoint les solitaires, il ne parvient pas à se contraindre à rester célibataire. Cependant, si la première partie du film (qui se passe dans l’hôtel) est très efficace, la seconde partie du film qui s’intéresse aux solitaires dans la forêt manque de consistance et de cohérence si bien qu’on finit par avoir du mal à comprendre ce que le réalisateur veut démontrer : veut-il faire le portrait d’un société moderne qui a perdu toute forme d’humanité et dont le fonctionnement est gangrenée par des obligations sociales qui n’ont plus lieux d’être ? Est-ce une réflexion sur le besoin de vivre en couple ? Sur la froideur des sociétés modernes? Une critiques des conventions sociales ? Cette absence de clarté dans les sujets brassés par le film n’empêche pourtant pas de l’apprécier tant sa forme et son humour sont savoureux.

Le film nous propose une virée dans un univers proche des films du suédois Roy Andersonn, et se base donc sur un scénario assez minimaliste, autant dans ses dialogues que dans la mise en place de l’univers, laissant volontairement de nombreuses zones d’ombre. Le scénario n’essaie pas de créer un monde cohérent et réaliste, il se contente de mettre en place certains éléments suffisant à la mise en place de l’intrigue, laissant l’absurdité de l’ensemble de l’oeuvre justifier tout ce qui pourrait être relever comme des « plot holes ». Malheureusement, si dans l’ensemble, cela fonctionne, il subsiste quelques questions dans la construction des personnages et des enjeux du film qui empêchent de totalement accepter cet univers (en particulier l’absence d’enclin des pensionnaires de l’hotel à se mettre en couple). La construction du personnage principal pose également quelques problèmes car même après avoir passé le film à ses côtés, on a du mal à saisir son caractères, son histoire et son point de vu par rapport à la société dans laquelle il est. Cependant, l’humour du film est, dès l’écriture, d’une telle justesse qu’on lui pardonne ces quelques approximations. Côté casting, Colin Farrell sort ici de sa zone de confort et abandonne son jeu sanguin et énergique, dévoilant une fragilité qui colle parfaitement au personnage. En dehors de la transformation physique, c’est véritablement la sobriété et le raturel de son jeu qui portent le film, malgré un personnage difficile à saisir. Face à lui, s’il y a un défilé de grands acteurs, tous très justes, on retient surtout la prestation de Ben Whishaw, à la fois froid et violent, qui incarne un personnage qui a garder un peu d’instinct animal (garantissant sa survie dans cet univers) et celle de Lea Seydoux qui imprègne le film de son regard sévère et de sa cruauté.

The Lobster

Ce n’est pas tant l’histoire principale mais la collection de vignettes surréalistes qui marque. Qu’il s’agisse de la danse d’Olivia Colman, des saynètes pour justifier l’absolue nécessité d’être en couple ou du sommet comique atteint par la discothèque dans les bois, le film se construit par petites briques qui n’essaient pas forcément de former un tout. C’est un procédé audacieux qui donne au film une certaine instabilité maîtrisée, même si la conclusion du film aurait pu gagner en intensité si les personnages et les fondement de leurs relations avaient été plus développés. On sort de ce film déboussolé et intrigué, même si on a du mal à mettre le doigt sur ce qui constitue le cœur de ce film.

The Lobster est un objet cinématographique très complexe qui fascine par sa forme et son élégance même si cela prend un peu le dessus sur le propos, rendant la réflexion du film parfois confuse.

Les plus:
La réalisation parfaitement maîtrisée
Le casting uniformément bon
L’humour noir et absurde
Les moins:
Les ambitions floues du film


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