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Sucker Punch:la critique

Sucker Punch S’il était l’un des films les plus extraordinaires à venir sur le papier, Sucker Punch ne parvient pas à arriver à la cheville de ses ambitions et se perd dans un bordel cinématographique sans précédent.
Sucker Punch Note:2/4
Réalisation: Zack Snyder
Scenario: Zack Snyder & Steve Shibuya
Casting: Emily Browning, Jena Malone, Abbie Cornish, Vanessa Hudgens, Jamie Chung, Carla Gugino, Oscar Isaac, Jon Hamm, Scott Glenn …
Musique: Tyler Bates & Marius De Vires
Sortie: 30 Mars 2011
Synopsis:
Après la mort de sa mère et le meurtre accidentel de sa sœur, une jeune fille portant le ridicule sobriquet de Baby Doll est enfermée dans un asile psychiatrique par son beau père qui a joué des coudes pour lui faire administrer une lobotomie 5 jours plus tard (la petite chanceuse, et cela pour la modique somme de 2000$). Incapable de supporter cette réalité, Baby Doll s’enferme dans les fantasmes de ses codétenues et parvient, via ses rêves, à organiser leur évasion, le tout en jupette. S’en suivent des affrontements de zombies nazis, dragons, robots et autres orcs.
Critique:
A l’instar de Scott Pilgrim VS. The World d’Edgar Wright, Sucker Punch est un film en forme de jeu vidéo, dont le découpage, les codes et les univers répondent à des schémas et des références assez nouvelles dans le monde du cinéma. Si la comparaison entre les deux films s’arrête là – Scott Pilgrim VS. The World étant l’un des films les plus brillants et originaux du moment, ce qui est loin d’être le cas de Sucker Punch – il est cependant nécessaire de garder celà en tête durant toute la projection du film au risque d’être perdu et très vite lassé, pour ne pas dire laissé sur le bas-côté. Cela étant dit, afin de faire hommage à cette nouvelle forme cinématographique promise à un bel avenir, la critique à venir respectera comme le film, une logique, de niveaux.

Level 1 : L’histoire

Note:0.5/4
Sucker Punch
Comme vous l’aurez compris à la lecture du court synopsis livré plus haut et chargé d’un certain cynisme, l’histoire est loin d’être le point fort du film. Premier essai à l’écriture d’une histoire originale pour Zack Snyder, la vision du film nous laisse rêver que ce sera le dernier. L’histoire accumule sans plus de manières tous les symboles censés avoir une aura dans l’univers des geeks, cible du film, oubliant presque jusqu’à la fin toute notion de tension dramatique et surtout de second degré et de distance. L’histoire est malheureusement, dans toute sa médiocrité, loin d’être le pire défaut du film en terme d’écriture, ses personnages souffrent encore plus de leur manque total de profondeur et d’humanité. Il est presque impossible de s’attacher à ceux-ci et à leur quête, d’ailleurs exposée de manière ridicule, et ce malgré un déluge d’effets visuels et de tableaux tous plus beaux les uns que les autres. C’est dommage car sur le papier, un groupe de jeunes femmes sexy, mentalement instables et habillées tour à tour en écolière, en guerrière et en sailor moon, affrontant des dragons, des orcs, des zombies nazis et des robots, non seulement ça faisait rêver, mais cela ressemblait à un joyeux bordel ouvertement geek comme on n’en avait jamais vu sur grand écran. Au final c’est juste un triste bordel dénué sens qui s’illumine de temps en temps par sa structure narrative osée (le spectateur n’est absolument pas guidé dans ce périple ce qui n’est pas désagréable mais un brin surprenant), par quelques tentatives de second degré et par une conclusion surprenante, quoi qu’évidente quand on considère l’histoire depuis son départ. De bonnes intentions donc, mais l’absence totale de fondements et de profondeur finissent par perdre même le plus décérébré des publics.

Level 2 : La Réalisation

Note:2/4
Sucker Punch
Zack Snyder nous a déjà prouvé par le passé qu’il avait un univers visuel bien à lui, riche et cohérent, qui s’adaptait autant aux fresques pseudo historiques qu’aux films de super héros. Et le problème c’est qu’il a conscience de son aura en la matière et qu’il en fait des tonnes sur Sucker Punch, comme un enfant qui a compris qu’il faisait quelque chose de bien et qui le répète sans cesse. Sans même s’attarder sur les scènes directement tirées de son précédent film, Watchmen (un peu tôt et prétentieux pour s’autociter Monsieur Snyder…), il est impossible de ne pas finir par être agacé par ce qui n’est rien d’autre que du maniérisme visuel. Cela étant dit, aussi agaçant soit le film dans son concept visuel, il est difficile de ne pas être emporté par la beauté totalement gratuite de ces images. Les effets visuels sont impeccables, la caméra, quoi qu’hyperactive est toujours là où il faut et évite les modes et les clichés et les choix de mise en scène mis en place au départ du film sont tenus jusqu’au bout, donnant au film une cohérence globale plutôt agréable. Les scènes d’action survoltées, qui occupent la quasi intégralité du film, comptent parmi les plus belles qu’on ait vues au cinéma et on regrette qu’elles soient si gratuites car on est du coup privé de toute implication dans ces scènes qu’on finit par subir. Mais là encore, Zack en fait trop, et se caricature lui même, notamment avec cette photographie où tous les effets appliqués – avec talent – sur les images Watchmen semblent avoir été ici reproduits à la puissance 10. Si dans les séquences de combat, cela ajoute à l’aspect surréaliste de l’ensemble, dans les scène de dialogue, c’est juste indigeste. Sucker Punch est visuelle un plat lourd à digérer, aussi bon soit-il.

Level 3 : Les acteurs

Note:1/4
Sucker Punch
Rarement un casting n’aura été aussi désastreux que dans Sucker Punch. Si on excepte Jena Malone (à qui revient le seul point ici attribué) qui réalise l’exploit d’insuffler de la vie et même des émotions à son personnage le transformant en seul intérêt du film, l’intégralité du casting joue faux, ou bien ne joue pas du tout, comme cette actrice principale sortie de nulle part qui a en tout et pour tout une seule expression sur son visage, au point de gâcher l’une des rares bonnes initiatives du scenario avec cette fin qui tente de faire écho à Brazil de Terry Gilliam sans y parvenir suite à l’incapacité d’Emily Browning à exprimer quoi que ce soit sur ce visage désespérément lisse. Et si les cabotinages en règle de Carla Gugino et Oscar Isaac amusent, il n’est pas certain que c’était leur but. Restent aussi les apparitions de Scott Glenn qui, à défaut de réellement bien jouer (l’occasion ne lui est jamais laissée) délivre les seules bonnes répliques du film et parvient presque à donner au film le décalage et le second degré qui lui auraient été nécessaires pour avoir un intérêt.

Level 4 : La Musique

Note:3.5/4
Sucker Punch
Partie intégrante de la construction narrative du film, sa bande originale en est également son principal (seul?) intérêt. Si l’idée de reprendre des bon vieux classiques du rock en les remixant, les réorchestrant et les incluant dans la trame narrative n’est pas nouvelle – Moulin Rouge faisait de même, film qui possède d’ailleurs énormément de point commun avec Sucker Punch – elle est ici particulièrement bien utilisée. Le film repose intégralement sur 9 morceaux de rock connus de tous, allant des Search and Destroy des Stooges à Army of Me de Björk, et nous propose des versions revues et corrigées de ces standards, par fois pour le pire (Queen n’est pas vraiment bien traité) mais souvent pour le meilleurs, en particulier cette version sous amphétamines aux faux airs de Nine Inch Nails de Army of Me de Björk. Force palpable du film, sa bande originale est aussi bien trop souvent son filet de sécurité, elle lui permet de faire passer les pires aberrations visuelles et scénaristiques en supposant que cette musique justifie l’aspect clipesque de l’ensemble. Et quitte à se reposer autant sur la puissance de sa BO, le film aurait du reprendre les différents univers des chansons (on rêve notamment de l’univers psychédélique qui aurait alors été utilisé avec la reprise de White Rabbit…). Le plus triste dans l’histoire c’est qu’en général cela fonctionne, et il est difficile de se défaire de ces reprises, même plusieurs heures après le visionnage. Cette réussite est d’autant plus frustrante qu’elle nous laisse penser qu’il se cachait encore ici l’opportunité de faire un excellent film, un film culte même.

Level 5 : Avis Général

Note:2/4
Sucker Punch
Œuvre prétentieuse et vide, Sucker Punch n’en est pas moins ce qu’il annonçait dès le départ: un grand bordel visuel, sonore et scénaristique. Il est difficile de ne pas trouver dans ce film ce qu’on attendait, à savoir des affrontements absurdes opposant des jeunes femmes superbes à différentes incarnations du mal dans un déluge de pyrotechnie plutôt bienvenu. Ce qui manque, c’est tout le reste, c’est tout ce qui fait l’âme et l’intérêt d’un film, ce qui l’élève au-dessus des attentes. Le film ne laissant jamais la place au hasard ou à l’incertain, ne parvenant jamais à se détacher de son premier degré mal léché, finit par ne plus qu’être un long clip sans trop d’intérêt dans le quel il est impossible de s’impliquer. En agissant ainsi, Sucker Punch se prive également de moments de bravoure, de tension dramatique et ne parvient jamais à surprendre son public. Le film ressemble d’ailleurs étrangement à une version masculine de Moulin rouge, partageant toutes les qualités (musiques, montage, ambition visuelle) et tous les défauts (scenario ridicule, gratuité absolue de tous les effets, clichés à la pelle, personnages en carton) du film de Baz Luhrmann, le casting et l’humour en moins. Le film vaut malgré tout pour l’expérience visuelle et sonore qu’il représente.

Les plus:
La bande originale d’une impressionnante beauté
Jena Malone qui parvient à nous faire ressentir dans émotions dans ce magma visuel
Les moins:
Un scenario sans intérêt
Une réalisation beaucoup, mais vraiment beaucoup trop léchée


posted by valmens in Les Critiques and have Comment (1)

One Response to “Sucker Punch:la critique”

  1. Cinéman dit :

    Excellente critique, une fois de plus ! Et je partage votre avis… Je n’ai que moyennement apprécié Sucker Punch : certes, expérience visuelle sympathique, mais sur le fond… ouf ! Il faut repasser pour la cohérence scénaristique, car il n’y en a pas : quand on farfouille des heures sur Internet pour comprendre le fin mot de l’histoire, on se rend compte qu’il y a autant d’interprétations que de spectateurs…
    Snyder a lui-même avoué à Mad Movies qu’on pouvait en penser ce qu’on voulait : et moi, ça m’agace ! Au cinéma, la règle veut que le réal’ ait une explication, un sens, à donner à son film… Le contraire n’est pour moi pas respectueux du public !

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