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Billets d'humeurs cinéphagiques

Spotlight : la critique

spotlight Fresque à la fois prenante et terrifiante, Spotlight est cependant par le classicisme de sa réalisation et son absence de dimension cinématographique…
spotlight Note:2/4
Titre original: Spotlight
Réalisation: Tom McCarthy
Scenario: Josh Singer, Tom McCarthy
Casting: Micheal Keaton, Mark Ruffalo, Liev Schreiber, Rachel McAdam, John Slattery, Stanley Tucci…
Sortie: 27 Janvier 2016
Musique: Howard Shore
<— Pour trouver le DVD, cliquez sur l’affiche
Vu le 28 Février 2016 à 16h20 à l’UGC Ciné Cité Confluence

Synopsis:
Au cours de l’année 2001, l’équipe de réadation de Spolight, la division « investigation » du Boston Globe, décide de mener une enquête sur la pédophilie au sein de l’église catholique, suite au constat que non seulement aucun prêtre n’était jamais condamné mais surtout qu’ils étaient réaffecté dans d’autres paroisses malgré leurs méfaits. Plus leur enquête avance, plus ils sont abasourdis par l’ampleur du phénomène et son intégration dans le fonctionnement administratif du clergé.
Critique :
Spotlight est avant tout un compte rendu précis et chronologique des événements qui ont mené à l’un des plus gros scandale religieux de ces dernières années. Le film se concentre en effet sur l’enquête menée par quatre journalistes à Boston qui, d’un fait divers local, finissent par se retrouver face à un phénomène global, à savoir la gestion quasi administrative de la pédophilie au sein de l’église, l’absence de conséquence pour les personnes impliquées dans ces actes et surtout le silence de l’ensemble de la communauté catholique. Avec un point de vue quasi documentaire et un sujet assez touffu, ce film s’attache plus à retranscrire l’enquête de ces journalistes et les difficultés qu’ils rencontrent qu’à adopter une forme cinématographique. La réalisation est d’un incroyable classicisme, le rythme est plat, les personnages n’ont pas d’arc de développement, la narration cherche plus à se caler sur la chronologie des événements qu’à donner un rythme ou un enjeu au film… bref, ce film se veut avant tout à la frontière du documentaire du point de vu de son contenu sans pour autant en adopter la forme. Et alors, c’est grave ? Oui et non. C’est pas grave parce que, servi par un casting de choix (mené par un Mark Ruffalo qui n’en finit plus de prouver qu’il est l’un des plus incroyable acteurs du cinéma moderne) et un scénario qui parvient à ne jamais rendre cette enquête rébarbative, le film atteint son but : rappeler au grand public l’horreur de cette histoire tout en mettant en avant des journalistes qui ont accepté de se battre pour que cette vérité éclate au grand jour. Le film semble également avoir dans ses ambitions un petit redorage de blason de la presse écrite. Donc non, ce n’est pas grave car ne film ne souffre au final jamais réellement de son absence de dimension cinématographique. Pourtant, ce film, d’autant plus aujourd’hui alors qu’il vient d’être auréolé du prix le plus prestigieux de l’industrie du cinéma américain, amène le spectateur à se poser une question grave et étrange : est-ce le film qui était bon ou l’histoire réelle qui l’est ? Impossible de sortir de ce film sans se demander ce qu’a apporter cette adaptation au cinéma de faits réels au-delà de les raconter. Et en se demandant ça, on finit fatalement par se demander pourquoi ce film existe ? Pourquoi est-ce que ce n’est pas une série qui aurait en plus permis de plus s’attarder sur les événements et de développer certains aspects de l’histoire qui sont ici assez rushés ? Pourquoi ce n’est pas un vrai documentaire qui aurait permis de ne pas simuler le réalisme de l’histoire mais tout simplement de le montrer à l’écran ? Alors oui, je suis peut-être vieux jeu là dessus, mais quand je sors d’un film en me demandant pourquoi il existe, j’ai souvent du mal à me dire que c’est un bon film. Spotlight n’est pas un mauvais film pour autant, mais à aucun moment il n’emporte le spectateur ou ne le surprend, si ce n’est un rapide monologue de Mark Ruffalo qui ne suffit pas à sauver le film (si cela était nécessaire).

spotlight

Spotlight est un film qui souffre avant tout de l’absence de patte du réalisateur. Mais ceci n’est pas entièrement de sa faute, le scenario, en voulant condensé 1 an d’enquête en un peu plus de 2 heures de film ne parvient pas à faire les bons choix. Tout d’abord le contexte est mal posé, on passe une partie du film à se demander ce qu’est Spotlight et quel est le rôle de ces journalistes par rapport au reste de la rédaction. L’enquête elle même souffre d’une mise en avant disproportionnelle de l’aspect administratif (jusqu’à la quête d’un photocopieuse) plutôt que de s’intéresser aux faits. Du coup, le scénario finit par frustrer le spectateur en lui donnant des éléments ça et là sans jamais aller jusqu’au bout de sa démarche (et c’est en ce sens que le format mini série aurait été bénéfique au film). Enfin, il n’arrive pas à prendre partie de la richesse du déroulement des événements, faisant par exemple du 11 septembre un simple décalage de 2 semaines de l’enquête alors qu’il aurait été passionnant de voir les journalistes aller à la rencontre d’une Amérique traumatisée. Cependant, on doit tout de même reconnaitre au scénario sa capacité de gérer un nombre important de personnages secondaires (tous très bien écrits d’ailleurs) sans jamais perdre le spectateur. C’est avant tout les choix de casting qui permettent de donner de la valeur au film. Comme précisé précédemment, Mark Ruffalo nous propose une très belle performance, avec tocs et accents tout en élégance face à un Michael Keaton en pleine renaissance cinématographique qui s’empare de chaque scène. La surprise vient cependant de Liev Schreiber qui est ici à contre emploi et nous offre une prestation tout en retenue qui contraste fortement avec les clichés des directeurs de rédaction de journaux qu’on a l’habitude de voir au cinéma. Les seconds roles sont aussi tous excellents, en particulier Stanley Tucci qui est comme toujours impeccable. On regrettee le manque de développement des personnages incarnés par Rachel MacAdams et Brian d’Arcy James qui n’ont ici que des fonctions supports permettant de faire avancer l’histoire, mais c’est avant tout la faute du scénario.

spotlight

Spotlight vaut avant tout donc pour sa capacité à retranscrire cette histoire sans que le format cinématographique ne la déforme. Officiellement préparé avec les protagonistes principaux, ce film vaut donc plus pour ce qu’il retranscrit que pour ce qu’il est. Ce n’est pas grave en soit au sens où le film a tellement peu de personnalité cinématographique que cela relève presque du parti pris. Peut-être le réalisateur Tom McCarthy trouvait-il le sujet trop grave ou sensible pour le dramatiser à la différence de Ben Affleck qui avait osé cette dramatisation cinématographique avec son Argo (qui a également eu l’oscar du meilleur film). Mais Argo avait beau s’éloigner de la réalité, sa réalisation et ses partis pris invitaient beaucoup plus le spectateur à s’investir dans l’histoire. Spotlight laisse une trop grande distance entre le récit et le spectateur, si bien qu’on fini par regarder le film comme on lirait un article de journal : pour s’informer. C’est un film sans style, sans imagerie, sans cachet…

Spotligh est une oeuvre trop classique et carré pour plaire ou déplaire, plutôt qu’un film, c’est un compte rendu scolaire et précis d’une histoire passionnante.

Les plus:
Un casting sans faille
Une histoire dense qui ne perd jamais le spectateur
Les moins:
Une réalisation classique à la limite du fade
Un contenu peut-être trop dense pour du cinéma


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