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La Piel Que Habito : la critique

La Piel Que Habito Avec ce thriller charnel délicieusement alambiqué, Almodovar nous prouve une fois de plus qu’il a un œil et un ton unique dans le monde du cinéma et qu’il est loin d’avoir déjà tout dit.
La Piel Que Habito Note:4/4
Réalisation:Pedro Almodovar
Scenario: Pedro Almodovar
Casting: Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes, Jan Cornet, Blanca Suárez…
Musique: Alberto Iglesias
Sortie: 17 Août 2011

Synopsis:
Robert Ledgard, médecin spécialisé dans la chirurgie et la manipulation génétique, travaille secrètement chez lui sur des projets d’amélioration du corps humain sur un cobaye féminin aussi étrange que secret.
Critique:
A la fois déstabilisant, fascinant et manipulateur, le dernier film de Pedro Almodovar, La Piel Que Habito, est un thriller complexe et merveilleusement bien ficelé qui parvient à prendre sens cesse le spectateur à contre pieds et à le surprendre jusqu’à la dernière minute sans jamais utiliser d’artifice ou perdre la cohérence de ses personnages et de ses situations. D’un point de départ volontairement bancal et difficilement compréhensible (on a l’impression que l’histoire s’éparpille plus qu’elle ne se construit durant la première demi heure) le réalisateur réussit le tour de force de rendre tout cela d’une remarquable cohérence, grâce à une astucieuse déconstruction narrative et un montage qu’on pourrait presque qualifier de tarantinesque. Révéler les tenants et les aboutissants de cette histoire en formes d’encastrements de vengeances sans gâcher le plaisir de la découverte progressive de cet univers relève de l’acrobatie et nous nous abstiendrons ici de procéder à de telles considérations, mais sachez que La Piel Que Habito use d’un procédé très astucieux qui consiste à délibérément perdre le spectateur pour qu’il se laisse complètement guider par la narration du film sans jamais chercher à la devancer, et que les différents rebondissements finaux arrivent réellement par surprise sans pour autant détruire derrière eux ce qui précédait (ici pas de twist final qui retourne le cerveau tout en décrédibilisant le reste du film). Un film qui profite donc de l’écriture extrêmement précise et expérimenté de Pedro Almodovar, qui parvient à inclure dans cette adaptation toutes les chimères qui hantent sa filmographie (le rapport au corps, l’amour filiale, l’ambiguïté et la violence sexuelle, la recherche de la beauté dans l’horreur…) sans pour autant perdre le fil de l’histoire ou aboutir dans une caricature de son propre cinéma. Pire, le réalisateur parvient à utiliser les clichés de son propre cinéma pour perdre volontairement le spectateur dans de fausses pistes pour mieux le surprendre par la suite. Mais Pedro ne se contente pas d’être un scénariste hors paire, il habille ce film d’une magnifique photographie et d’une maniaquerie visuelle qui se marie à merveille avec celle toute scientifique de son personnage principal. La géométrie générale du film et de ses cadrages transportent peu à peu le spectateur dans cet univers bancale et inquiétant.

La Piel Que Habito

C’est donc un Pedro Almodovar au meilleur de se forme ici, d’autant plus qu’il retrouve l’acteur qui lui doit tout, Antonio Banderas, révélé 25 ans plus tôt dans Matador, qui offre au film son charisme physique aussi impressionnant qu’inquiétant, d’autant plus que la précision de son jeu lui permet avec une effroyable facilité de passer de la force froide d’un personnage habité par un désir de vengeance sans limite à la faiblesse toute humaine d’un homme troublé par le souvenir de sa femme ou par la beauté de son cobaye. A ses côtés, l’extraordinaire Elena Anaya (pas vraiment une révélation, elle a déjà bien roulée sa bosse et joué de ses formes notamment dans Lucia y el Sexo, Habla Bon Ella ou L’Instinct de Mort) porte quasiment le film sur ses épaules, en incarnant le mystère central de cette histoire. Son personnage a beau être de presque tous les plans, il est quand même aussi mystérieux qu’imprévisible. Sensible, naïve et perdue, elle est une synthèse à elle seule de toutes les obsessions d’Almodovar citées plus haut. A la fois beauté dangereuse, victime consentante et manipulatrice sans remords, Elena Anaya tient le film dans l’ambiguïté saisissante de ses grands yeux noirs. Enfin, Marisa Paredes incarne elle aussi à la perfection la figure de la mère martyre, à la fois froide et sensible. A noter également la magnifique partition de Alberto Iglesia qui parvient dans ses changements de styles perpétuels, à créer un univers musicale aussi étrange et obsédant que le film lui-même.

La Piel Que Habito

L’ensemble est troublant de perfection, d’autant plus que dans ce film, une fois n’est pas coutume, Pedro Almodivar n’essaie pas de livrer une grande leçon sur l’humanité ou les relations humaines, même si c’est le cœur de son film, il ne laisse jamais le message prendre le dessus sur l’histoire. C’est en effet ce qui surprend le plus dans ce film, cette volonté permanente du réalisateur de maîtriser son récit et de ne pas se laisser porter par ses habitudes. Le réalisateur hispanique nous dépeint avec finesse et rigueur un monde où la notion d’identité est remise en questions à de nombreux niveaux, un monde complexe et sombre où chacun tente de rétablir un équilibre au détriments des autres. On est en ce sens souvent dans le même territoire que celui emprunté il y a quelques années par Alejandro Amenabar dans son magnifique Abre Los Ojos. Un film suffisamment intelligent pour ne pas avoir de morale tout en délivrant un message assez clair sur la nature humaine et le moteur incroyable que sont l’instinct de survie et le désir de vengeance.
Un film foudroyant de beauté et de justesse qui parvient en toute simplicité à emporter le spectateur dans une histoire complexe et étrange sans jamais le perdre ou révéler des failles dans sa construction ou sa narration. Ajoutez à cela un casting d’une incroyable justesse, un certain goût pour l’humour et maîtrise visuelle de chaque plan et vous obtenez l’un des plus beau thriller de ces dernières années et un film joyeusement dérangeant.
Les plus:
Le duo Banderas/Anaya explosif
La réalisation subtile et colorée de Almodovar
Le scenario surprenant et sans failles
Les moins:
Rien


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