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Once upon a time… in Hollywood : La critique

Once upona time in hollywood En nous livrant un film nostalgique et quasi contemplatif sur le Hollywood de la fin des années 60, Tarantino oublie un peu la facette populaire et divertissante de son cinéma, larguant au passage le spectateur.
Once upon a time in Hollywood Note:1,5/4
Titre original: Once upon a time… in Hollywood
Réalisation: Quentin Tarantino
Scenario: Quentin Tarantino
Casting: Brad Pitt, Leornardo Dicaprio, Margot Robbie, Kurt Russell, Julia Butters, Margaret Qualley…
Sortie: 14 Août 2018
Vu le 17 Août 2018 à 18h20 Au Pathé Bellecour

Synopsis:
Hollywood 1969. Rick Dalton est un acteur de télé sur le déclin dont le dernier reliquat de sa gloire est sa résidence sur la prestigieuse Cielo Drive. Cliff Booth est sa doublure cascade ainsi que son meilleur ami et son homme à tout faire, mais sa mauvaise réputation (on en parle plus tard) fait qu’il est de plus en plus relégué au second plan d’Hollywood. Sharon Tate, en couple avec Roman Polanski, est elle en passe de découvrir la gloire et vient de s’installer avec son mari sur Cielo Drive, juste à côté de chez Rick.
Critique :
Quentin Tarantino est un réalisateur bien conscient de son statut unique dans le cinéma actuel. Sorte de conservateur du musée du cinéma populaire que plus personne ne connait, il a tout le long de sa carrière essayé de prouver (avec talent et succès) que les modes n’avaient rien à voir avec la qualité d’un film et qu’il pouvait produire des films intemporels et complètement détachés de la période cinématographique durant laquelle ils étaient produits, quitte à plutôt prendre pour référence un cinéma considéré comme passé ou même dépassé, tout en en faisant des succès critiques et publiques. Dans ce contexte, son neuvième film (car Tarantino est également l’un des rares réalisateurs à publiquement numéroter ses films) a déjà un statut particulier : c’est le premier film du réalisateur qui se passe durant la période cinématographique qui l’a le plus inspiré tout en abordant directement le cinéma et les films qui sont à la base du cinéma du réalisateur. De ce fait, on perd directement le décalage que l’on retrouvait d’habitude dans ses films, et cela se ressent tout d’abord au niveau de la musique : il s’agit d’une BO principalement constituée de morceaux des années 60, ce qui peut paraître logique pour un film sur cette époque, mais les BO de Tarantino ont toujours été en décalage de leur époque et de leur genre, hors là on a une BO lambda pour un film sur les années 60, et du coup, Tarantino passe d’auteur à simple DJ à ce niveau. Il ne raconte rien avec sa BO, il se contente de situer le film dans son époque, ce qui n’a aucun intérêt puisque tous les éléments de ce film nous situent déjà l’époque (une nostalgie méticuleuse qui est à la fois un point fort et un point faible du film). Autre détail, Tarantino s’intéresse d’habitude à des personnages en marge de la société, ce qui a l’avantage de donner un contexte particulier à leurs actions et à leur violence. Les protagonistes comme les antagonistes ne sont pas des gens « normaux », ils sont généralement des malfrats, des voleurs, des tueurs, des gens qui ont tout perdu ou simplement des pourris. Leur violence et leurs interactions avec les autres personnages ont donc un contexte particulier qui nous offre une certaine distanciation en tant que spectateur. Ici, sans dire que les gens d’Hollywood que l’on suit sont des personnes normales, ils sont cependant censés avoir le même compas moral que nous. De ce fait, on peut moins excuser certains propos ou certaines actions. Enfin, et même si ce n’est pas la première fois qu’il le fait, Quentin Tarantino s’attaque ici à un fait historique, à des gens qui ont eu une existence en dehors de ce film (même si en effet les deux personnages principaux sont fictifs), ce qui réduit encore plus notre distanciation. Inglorious Basterds revisitait également l’histoire, mais ce n’était pas tant les faits historiques qui intéressaient Tarantino que l’abondance cinématographique qui en était issue. Inglorious Basterds était plus un film sur les genres cinématographiques liés à la seconde guerre mondial qu’un film sur cette guerre. Ce n’est pas vraiment le cas ici, le cinéma des années 60 est en effet traité dans ce film, mais en tant que cinéma, au point qu’on voit littéralement un Sharon Tate aller au cinéma et voir un film de cet période dans lequel elle joue.

Tout ceci n’est pas essentiel à la compréhension du film ou à son appréciation, ce sont juste des éléments qui distinguent ce film dans la filmographie du réalisation. De ce fait, Tarantino ne peut pas demander au spectateur d’utiliser les mêmes clés de lecture que pour ses films précédents puisque lui même a décidé d’abandonner le décalage que l’on retrouve d’habitude dans ses oeuvres. Once upon a time… in Hollywood n’est pas un film sur le cinéma, mais un film sur le monde du cinéma. Cela est clair dès le titre. On a donc devant nous un film sur des personnes « normales » évoluant dans le vrai Hollywood de la fin des années 60. Mais malgré cela, Tarantino continue à traiter certains personnages (en particulier Cliff Booth interprété par Brad Pitt) comme des personnages de fiction ayant la capacité et la « permission » de faire n’importe quoi. Beaucoup de choses problématiques ressortent ainsi du film, qui ne peuvent pas être mises de côté car c’est tout ce que l’on a. On parle avec légèreté de femminicide, certaines répliques et situations sont ouvertement racistes, la violence est de manière générale disproportionnée… tout ces éléments pourraient sembler normaux, après tout on est dans un Tarantino, mais le problème est tout le contexte méticuleusement posé par le réalisateur, l’absence de distanciation du film et l’ancrage dans la réalité des personnages qui n’offre pas au spectateur la possibilité d’en rire ou de s’en dégager. Avec Once upon a time… in Hollywood, Tarantino a volontairement brisé un mur qui était nécessaire à l’appréciation de ses films.

once upon a time in hollywood

Niveau scénario, on a globalement à faire à un film avare en dialogues et en scènes intéressantes. La narration est volontairement irrégulière : on passe de longs moments en voiture, on suit de manière très directe des instants de la vies des personnages, puis on a des ellipses longues et artificielles, une voix off qui comble les trous… Tarantino semble ne pas vouloir raconter d’histoires dans les deux premières heures de son film, et se contente de raconter une époque et un lieux (et nous offre de très belles images au passage). Le problème est que 2 heures c’est long et que, mis à part quelques scènes (comme celle du Ranch) qui ont du sens et de l’intensité, on a plus à faire à des tranches de vies sans implications. L’écriture des personnages est aussi étrange, mais on y reviendra plus tard. On n’a plus non plus dans ce film la verve tarantinesque, le goût pour le décalage et du bon mot. Tarantino a un peu plus mis de côté sa casquette de scénariste pour laisse plus de champs libre au réalisateur qui mourrait d’envie de filmer cette époque centrale dans son cinéma sans pour autant n’avoir jamais plus la filmer. Le résultat est une succession de scènes en voiture qui ont plus pour intérêt de permettre à Tarantino de faire des (belles) images à défaut de nous raconter une histoire ou des personnages. Si le réalisateur/scénariste nous a déjà prouvé avec Pulp Fiction ou Kill Bill qu’il pouvait faire des films très efficaces en ne se limitant pas avec les structures narratives classiques, à chaque fois il donnait quelque chose en échange (qu’il s’agisse de l’action, de l’humour ou de la tension), ici on n’a pas grand chose en échange si ce n’est la nostalgie de Tarantino. Et si, bien évidemment, la conclusion du film est plus dense en terme de dialogue ou d’action, l’essentiel du film (plus de 2 heures) est plutôt ennuyeux. Niveau casting, une fois de plus Tarantino ne s’est pas privé, et on a droit à l’un des plus beaux regroupement d’acteurs depuis longtemps, mais la plupart d’entre eux n’ont pas grand chose à faire à l’écran, le scénario ne leur laissant pas de place. Même Margot Robbie, qui a pourtant l’un des plus « gros » rôles, a seulement quelques répliques et se contente d’être une présence plus qu’un personnage. Le famille Manson est composée de nombreuses actrices de talent qui n’ont même pas une seule réplique (par exemple Abigail Breslin), au point où le film se résume parfois plus à un Où est Charlie de 2h45, là où Tarantino nous avait habitué à donner des rôles de choix et des répliques savoureuses à tous ses acteurs, même les petits rôles. Du coup on se contente des deux leads, un Brad Pitt aussi charismatique que mutique et un Dicaprio cabotineur. Ils sont tous les deux très bons avec ce qu’on leur a donné, et forme un duo très crédible, Tarantino laissant beaucoup de place à leur « Bromance » inéquitable, le réalisateur profitant de cette amitié entre un acteur et sa doublure pour faire un commentaire sur la sur-importance donnée aux acteurs dans le monde du cinéma par rapport à tous les autres métiers du cinéma. En dehors de ces deux acteurs, la seule présence qui sort également du film est celle Margaret Qualley, dans le rôle d’une des membres de la famille Manson, qui retient autant l’attention du spectateur par son aisance dans ses scènes faces à Brad Pitt que par sa gestuelle unique.

Once upon a time in hollywood

Tout ceci fait de ce nouveau Tarantino un film avant tout nostalgique et contemplatifs, qui parle de la fin d’un certain cinéma. De ce point de vue, le film est au mieux beau (visuellement) et envoutant, au pire long et ennuyeux. Le vrai problème de ce film vient surtout de son sens. Donc déjà, à partir de maintenant, des éléments cruciaux de l’intrigue du film vont être dévoilés. Le problème principal vient de l’écriture du personnage de Brad Pitt, sorte de glorification de la virilité et de la masculinité toxique qui n’est à jamais remise en question. Le personnage a apparemment assassiné sa femme (ce qui lui vaut une mauvaise réputation) mais à aucun moment cela n’est réellement discuté. C’est même dit comme une blague, avec une scène de coupe justifiant son acte par le caractère de sa femme, et le spectateur semble devoir s’apitoyer sur le fait que cela nuise à sa carrière. Par la suite, c’est régulièrement la violence extrême du personnage qui débloque les situations, comme si Tarantino nous disait que la violence était la solution à tout, et que si on avait balancé quelques « pains » à cette bande de hippies, tout ceci ne se serait pas passé. La conclusion va encore plus loin puisqu’elle ré-écrit l’histoire (ce qu’il avait déjà fait du Inglorious Basterds), en montrant que les membres de la famille Manson ne va pas s’attaquer à la maison de Sharon Tate et Polanski, mais à celle de Rick Dalton (Dicaprio) et ils se retrouvent face à Brad Pitt qui va littéralement les massacrer (avec une violence jouissive propre au réalisateur), comme pour faire écho aux massacres qu’ils ont perpétré dans la réalité. Si de prime abord, cela peut ressembler à une vengeance que Tarantino offre aux victimes, il se sert du cinéma pour faire subir aux adeptes de Manson ce qu’ils méritent selon lui, le problème est une fois de plus le contexte. Dans ce contexte, non seulement cette secte n’a pas encore faire les horreurs qu’on connaît (même s’ils en ont l’intention), mais en plus le personnage de Cliff Booth les connaît (cela est même souligné) pour les avoir croisés une première fois au Ranch de la famille Manson, où il a d’ailleurs déjà fait preuve d’une très grande violence à l’égard de quelqu’un qui avait crevé son pneu. Du coup, dans le contexte du film, cette violence est disproportionnée. Certes les  membres de la secte menace de tuer les occupants de la maison, mais même une fois qu’il les a désarmé, Pitt continue à les torturer jusqu’à les tuer, à l’aide de Dicaprio qui fini l’une d’entre elles au lance flamme (on retrouve d’ailleurs ici le commentaire de Tarantino sur la sur importance donnée aux acteurs : Cliff fait tout le « travail », mais la gloire et les opportunités reviennent à Rick alors qu’il s’est contenté de brûler une femme déjà gravement blessée, désarmée et à moitié en train de se noyer). Tarantino semble au final dire que si les occupants de la maison de Sharon Tate s’étaient défendus, tout cela ne se serait pas passé, glissant au final une sorte de reproche à leur passivité. Cela est d’autant plus appuyé par une réplique dite plus tôt par Steve McQueen, qui explique que Sharon Tate a un « type de mec », elle est uniquement attirée par les hommes petits et faibles. Tarantino nous dit, accidentellement ou pas, que « si seulement il y avait eu un vrai mec viril dans la maison, tout ceci ne se serait pas passé ». Cela alimente un discours viriliste très mal venu. Enfin, même si cela a déjà été largement discuté, notamment lors de la diffusion du film à Cannes, il y a un gros malaise par rapport à la position de la femme dans ce film. Sharon Tate n’a quasiment pas de répliques, réduisant son personnage à sa beauté, Brad Pitt tue sa femme parce qu’elle le critique sans que cela ne soit jamais considéré comme un point négatif du personnage et Pussycat (interprétée par Margaret Qualley) est présentée comme une tentatrice qui va essayer de faire fauter le pauvre Brad Pitt avec des avances sexuelle alors qu’elle est mineure (alors qu’à la base, Brad Pitt ne s’intéresse à elle que parce qu’elle est à son goût…). Même dans le Ranch de la secte, on montre les femmes comme une masse inactive qui a besoin d’appeler à l’aide un homme dès qu’il se passe quelque chose qui les dépasse. Difficile de savoir quelle part de cela était volontaire, maladroit ou juste dû à l’interprétation, mais le problème est qu’en se perdant dans sa nostalgie, Tarantino oublie qu’on est obligé de juger le film en fonction de nos repères actuels, autant au niveau de son virilisme exacerbé que de son traitement de la femme.

Once Upon A Time… in Hollywood n’est pas seulement une fresque nostalgique passablement ennuyeuse, c’est surtout un film qui, dans le fond, est dérangeant. C’est un film qui essaie de ré-écrire l’histoire pour venger les victimes d’un massacre, mais qui finit par accidentellement – ou pas – critiquer ces mêmes personnes, avec même dans le fond un désir déplacé de revenir à des pseudos « Good Old Days« , ce qui finit par faire froid dans le dos.

Les plus:
Une image impeccable
Un casting de luxe
Les moins:
Des longueurs durant toute la première partie du film
Un propos viriliste déplacé
Une sous exploitation du casting
Une sure exploitation de la nostalgie


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