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Moonrise Kingdom : la critique

Moonrise Kingdom Wes Anderson revient au cinéma traditionnel et nous livre un film rafraichissant et incroyablement beau qui offre à chaque acteur un rôle en or.
Moonrise Kingdom Note:3.5/4

Titre original: Moonrise Kingdom
Réalisation: Wes Anderson
Scenario: Wes Anderson, Roman Coppola
Casting: Jared Gilman, Kara Hayward, Edward Norton, Bruce Willis, Frances MdDormand, Bill Murray, Tilda Swinton, Jason Shwartzman…
Musique: Alexandre Desplats
Sortie: 15 Mai 2012
Vu le 15 Avril 2012 à 20h25 à l’UGC Odéon

Synopsis: En 1965, sur une île recluse de la Nouvelle Angleterre, un camp scout organise des recherche suite à l’évasion de l’un de leurs membre, Sam. Aidé de la police, le chef scout s’aperçoit très vite que Sam ne s’est pas contenté de fuir, il a rejoint et emmené avec lui dans son exile la jeune Suzy.
Critique:
A la fois rafraichissant, drôle, absurde et poétique, Moonrise Kingdom est un petit bijou cinématographique tout droit issus de l’imaginaire débordant de Wes Anderson. Avec son esthétique de maison de poupée, la géométrie impeccable de chacun de ses plans, la richesse des décors et des arrières plan, ces références en rafale, ces images superbes comme tout droit tirée d’un roman graphique (certaines ressemblent d’ailleurs à s’y méprendre à des dessins) et surtout ce je-ne-sais-quoi de nostalgie désuète, ce nouveau film est bien plus qu’une réussite, c’est une continuation logique de la filmographie d’une incroyable cohérence du réalisateur américain. D’un point de vue visuel, les habitués du réalisateurs arriveront en terre connue (quoi qu’ici les couleurs son plus vives, les plan encore plus géométriques et riches) tandis que les néophyte auront le plaisir de découvrir un univers qui se feuillette de plan en plan, chaque scène ayant beaucoup plus à offrir que le tronçon d’histoire qu’elle délivre. La première chose qui frappe ici c’est à quel point le passage par l’animation sur son précédent film (Fantastic Mister Fox, sublime) a marqué la mise en scène du réalisateur. Si ses précédents films marquaient pas le raffinement et la précision de chacun de leurs plans, ils souffraient aussi un peu de l’esthétique très statique chère au réalisateur. Ici c’est tout le contraire, Wes Anderson anime littéralement tous ses plans. Ça grouille joyeusement de partout, mais toujours avec la même rigueur et le même maniérisme si bien que cette évolution s’intègre parfaitement ici. Pour le reste, on retrouve le monde volontairement rétro et surfait qui fait la marque de fabrique de chacun de ses films. Mais aussi impeccable et manique soit-elle, la réalisation n’est pas le seul intérêt de ce film. Le réalisateur a conscience qu’il a déjà séduit avec son univers visuelle, il a donc d’autres ambitions ici, il ne veut en aucun cas se répéter ou rester sur ses acquis (et dans l’univers cinématographique actuel, c’est un véritable plaisir).
Moonrise Kingdom

Côté scénario, Roman Coppola vient de nouveau écrire à quatre mains avec le réalisateur, après leur collaboration sur The Darjeeling Limited. L’histoire est simple, mais ce qui impressionne est de nouveau le développement des personnages, de chacun d’entre eux (et ils sont nombreux) : ils sont remarquables de tendresse et de naïveté, quand ils ne sont pas la simple incarnation d’une entité (Tilda Swinton délectable en Service Social). La narration est d’une incroyable originalité, jouant à merveille de la mise en abîme, si bien qu’il est impossible de ne pas se laisser prendre par ce faux Roméo et Juliette. Et si tout n’est pas cohérent (l’un des climax du film est d’une telle incohérence qu’il tient presque de la blague potache), si tous les dialogues ne sonnent pas juste, on apprécie la volonté de ce film de sortir des clichés, de tous les clichés. A ce titre, jamais un camp scout n’a été montré en parvenant à ce point à montrer le ridicule de la chose sans jamais ignorer son charme et la beauté des valeurs qui l’entoure, tout en faisait un parallèle constant avec l’aspect militaire de l’organisation, laissant occasionnellement le film voguer du côté de la parodie de film guerre ou de prison, mais toujours avec bon goût. Mais encore une fois ce n’est pas la plus grande force de film. Là où Wes Anderson frappe un grand coup et parvient réellement à surprendre, à sortir de ses habitudes, c’est avec son casting. Si le réalisateur conserve ses deux acteurs fétiches (Bill Muray parfait en père dépressif et Jason Shwartzman hilarant en scout bad boy), il va piocher pour les rôles principaux des acteurs surprenants qui se révèlent tous excellent et s’adapte à merveille à l’univers du réalisateur. Edward Norton est incroyable en chef scout sensible et affecté par sa mission, Frances McDormand est désarmante en mère faisant face à l’adolescence difficile de sa fille tout en devant assumer son couple à la dérive, Bruce Willis est incroyablement attendrissant en policier sans responsabilité conscient de la médiocrité de sa situation, Tilda Swinton est affreusement efficace en incarnation d’une entité sans cœur tandis que les deux acteurs principaux, tous deux nouveaux venus, ont une réelle alchimie à l’écran qui porte le film de bout en bout.

Moonrise Kingdom

Qu’il est agréable de voire un réalisateur de talent ne pas se trahir. Ce film a beau ne pas être le meilleur du réalisateur (a mon goût son film le plus abouti est La famille Tenenbaum), mais on se retrouve dans un univers tellement familier qu’il est impossible de ne pas être réjoui par ce film, sorte de croisement entre La ballade sauvage et Virgin Suicide avec de jeunes enfants. Et si l’on regrette le quelques incohérences du scénario et la faible utilisation de certains acteurs (Jason Shwartzman et Harvey Keitel font presque des caméos ici), on se laisse séduire par la qualité de l’ensemble de l’entreprise, du casting au scénario en passant par la mise en scène qui ponctue le films de nombreuses images qui semblent tout droit tirée de roman graphique pour enfants. Soulignons enfin la superbe et surprenante partition de Alexandre Desplats et la qualité du jeux des autres enfants, les scouts, qui impressionne tout le long du film.
Film léger, touchant et sidérant de beauté comme on en croise rarement, Moonrise Kingdom est une étape de plus dans la carrière d’un réalisateur atypique qui parvient à concilier univers graphique fort, sens du dialogue et humour absurde. En espérant que Cannes saura le récompenser (par le mérité prix de la mise en scène bien sûr).
Les plus:
Le casting surprenant et explosif
La richesse incroyable de chaque plan
L’humour et le décalage subtil de l’ensemble
La mise en scène débordante d’idées
Les moins:
L’absence réelle de surprise pour les « fans » du réalisateur


posted by valmens in Les Critiques and have Comment (1)

One Response to “Moonrise Kingdom : la critique”

  1. Tristan dit :

    Comme je suis d’accord avec cette critique 🙂

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