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Le Stratège : la critique

Le Stratège Cette nouvelle « histoire vraie » de la grande famille des films sur le Baseball est avant tout une nouvelle opportunité de s’extasier devant le charisme et le talent de Brad Pitt.
Le Stratège Note:2.5/4
Réalisation: Bennett Miller
Scenario: Steven Zaillian, Aaron Sorkin
Casting: Brad Pitt, Jonah Hill, Philip Seymour Hoffman…
Musique: Mychael Danna
Sortie: 16 Novembre 2011

Synopsis:
Billy Beane (Brad Pitt), ancien espoir déchu du baseball devenu manager des Athletics, n’a qu’un rêve, gagner avec son équipe, l’équipe de ses rêves d’enfant, malgré la difficulté de rivaliser avec les grandes équipes dont les budgets disproportionnés viennent biaiser la donne. Peter Brand (Jonah Hill), un jeune économiste passionné de baseball, donne à Billy l’espoir de révolutionner ce sport en construisant une équipe improbable à partir de données statistiques.
Critique:
Le Stratège est un film sur la baseball, et déjà ça commence mal. Non seulement ce sport est tout à fait obscure pour nous, pauvres européen qui avons été lobotomisés par la simplicité des règles du football, mais c’est aussi, assez objectivement, le sport le moins sexy du monde tant par la complexité de ses règles que par la longueur et la platitude de ses matchs. Voir le Stratège est donc se confronter à ce sport et accepter de passer 2 heures à se passionner pour quelque chose dont on a vraiment rien à faire. Le pari semblait difficile, mais quand on ajoute Brad Pitt (en forme), Aaron Sorkin et Jonah Hill à l’équation, soudain, tout se simplifie. Oui, ce film est avant tout un merveilleux véhicule au talent de Brad Pitt qui est de chaque plan et nous transporte au point de nous faire partager sa passion et son amour du jeu, retrouvant presque le pouvoir de persuasion qu’il avait à l’époque de Fight Club. C’est loin d’être le rôle le plus intéressant de l’acteur et pourtant, il se donne complètement et nous offre une prestation subtile et complexe qui, à elle seule, donne à ce film sa profondeur et même son intérêt. Mais Brad Pitt n’est pas le seul à l’œuvre ici. Bennett Miller confère à ce film, par sa réalisation, un rythme tout à fait particulier et nous montre le sport vu des stands sans presque jamais nous montrer de phases de jeux et surtout sans jamais se reposer sur la facilité de la beauté du sport et des athlètes. Ici, on traite le sport comme de la géopolitique et les couloirs crusés sous les gradins de stades ressemblent soudainement à ceux de la maison blanche, les match à des batailles. Ce film n’est pas un film sur le sport, c’est un film sur la stratégie, sur l’importance de la prise de risque et une réflexion intéressante (surtout aujourd’hui) sur la différence fondamentale qu’il existe entre le prix et la valeur. Le scenario signé Steven Zaillian et Aaron Sorkin nous offre bien évidemment un sens hallucinant de la réplique et du conflit, mais également une construction précise et parcimonieuse des deux personnages principaux, par touche légères (même si on regrette que, du coup, tous les autres personnages soient complètement délaissés, en particulier celui de Philip Seymour Hoffman qui fait presque de la figuration alors qu’il aurait pu être au cœur de l’histoire). Bref, ce film parvient, dans sa forme, à être passionnant sans jamais être sexy, le tout volontairement, l’opposé de Another Given Sunday en somme.

Le Stratège

Mais l’un des intérêts de ce film se trouve ailleurs, dans la confrontation inattendue et presque surréalistes de deux acteurs que tout oppose. D’un côté Brad Pitt, légende vivante du cinéma qui parvient à enrichir sa filmographie d’années en années presque sans faux pas, de l’autre, Jonah Hill, génie comique au physique ingrat qui a su, d’un rôle de figuration dans 40 et toujours puceau (l’homme au talons compensés aquarium) devenir un des plus beaux espoirs de la scène comique indépendante américaine. Deux générations différentes, deux carrières différentes, deux milieux différents, et pourtant, à l’écran, cela fonctionne. Brad Pitt apporte le charisme et la puissance, Jonah Hill la sensibilité et la fragilité. A l’écran, ils se complètent et leurs échanges ne se contentent pas de sonner justes, ils sonnent vrais, ils donnent corps à ce film et on parvient à croire que le monstre de charisme qu’est Brad Pitt décide de suivre aveuglément les théories du jeune et inexpérimenté Jonah Hill (et son look de lesbienne quadra qui n’arrive pas à dissimuler son amour pour les chouquettes) parce qu’il représente tout ce que ce sport n’a pas, tout ce qui lui manque : la rigueur scientifique et un œil neuf. Le film développe d’ailleurs une très intéressante réflexion sur le danger de l’influence des anciens, sur le dangers des discours à la « on a toujours fait comme ça« . Hymne au changement et à la prise de risque, il film peut également être considéré comme une métaphore du système économique actuel où les bulles financières artificielles se créent et explose car elle ne se basent pas sur la valeur des choses de la même manière que la côte des joueurs gonfle et explose.

Le Stratège

Bennett Miller se sert donc de la complexité du Baseball et du talent de ses acteurs pour nous livrer un film à multiples lectures qui arrive à point nommé. On reconnaît le talent des scénaristes autant dans leur capacité à ne pas réduire le film au sujet qu’il traite mais aussi et surtout à humaniser chacune de ces pistes de lectures, à toujours mettre l’homme et le raisonnement au centre de tout cela. Malheureusement, le film se perd dans quelques longueurs et n’arrive pas à se débarrasser de son image « d’histoire vraie » si bien que le réalisateur et les scénaristes sont beaucoup trop fasciné par les deux personnages principaux pour laisser de la place aux autres personnages, ce qui prive le film de beaucoup de développement mais aussi et surtout brouille parfois la narration.
Un film puissant et efficace porté par un Brad Pitt hallucinant et un Jonah Hill impeccable, qui ne parvient malheureusement jamais à réellement prendre son envol.
Les plus:
Le duo surprenant Brad Pitt/Jonah Hill
La réalisation élégante
Le scenario impeccable
Les moins:
L’absence de personnages secondaires
Quelques longueurs (en particulier sur la conclusion)


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