Movie Slayer

Billets d'humeurs cinéphagiques

Le Discours d’un Roi: la critique


Porté par la critique mondiale comme un défenseur des valeurs d’un cinéma plus traditionnel et policé, le film de Tom Hooper surprend plus par son caractère médiocrement anecdotique.
The King's Speech Note:

Réalisation:Tom Hooper
Scenario: David Seidler
Casting: Colin Firth, Geoffrey Rush, Helena Bonham Carter, Guy Pearce, Michael Gambon…
Musique: Alexandre Desplat
Sortie: 2 Février 2011

Synopsis:
A la veille de la deuxième Guerre Mondial, le prince de Galle est sur le point d’accéder au pouvoir et cela malgré un bégaiement maladif qui lui fait craindre de ne jamais parvenir à devenir la voix de son peuple. Il entreprend alors un thérapie auprès d’un spécialiste atypique.
Critique:
La première chose qui frappe dans ce film de Tom Hooper, c’est à quel point l’ensemble de l’histoire semble anecdotique au regard de la période et des enjeux politiques en arrière plan de cette fresque historique. Le film se focalise sur les défauts d’élocution d’un souverain en devenir et de sa peur de ne jamais trouver la crédibilité qui lui revient auprès de son peuple alors que l’Europe est sur le point d’être ravagée par l’un des conflits les plus sanglants de l’histoire. Ce contraste est surprenant, parfois même déplacé, et pourtant, il s’agit probablement là du seul véritable intérêt du film. J’y reviendrais plus tard. En ce qui concerne le film et l’histoire, l’ensemble est particulièrement soigné, pour ne pas dire d’un classicisme maniéré, et s’il est agréable dans un premier temps de découvrir un film qui ne porte pas le cachet de son temps (c’est souvent là l’apanage des grands films, à savoir ceux qui savent se délivrer des modes et tiques cinématographiques propres à leur époque pour délivrer une œuvre unique et intemporel comme ce fut récemment le cas pour There Will Be Blood de P.T. Anderson ou Bronson de Nicolas Winding Refn) on finit par se demander s’il ne s’agit pas simplement d’un manque de personnalité visuelle du réalisateur. Mais il serait malhonnête de s’arrêter là dessus, car Le Discours d’un Roi est un film soigné et poli, prenant à tout moment soin de ne pas perdre son public ou de ne pas l’ennuyer dans des considérations politiques stériles, le tout accompagné par une très belle partition de Desplat (mais méritait-elle une nomination aux oscars?). Ainsi, en partant pourtant d’un contexte géopolitique on ne peut plus chargé qui offrait la possibilité de traiter de la gestion de cette future crise, le film se concentre sur les problèmes de famille, de traditions et surtout sur l’humain. Même si ce n’est pas toujours finement fait, on doit accorder au film que ce point de vue, décalé et tenu de bout en bout, surprend dans le bon sens du terme.
The King's Speech
Mais voilà, le problème de ce film se trouve aussi là, en nous proposant poliment cette vision humaine et fragile de la monarchie, en nous livrant ce portrait attachant de ce George VI bègue, le film finit par mettre en avant que la politique actuelle est plus une affaire d’apparence que de message. En effet, nous passons tout le film à nous apitoyer sur la diction de l’un des hommes les plus puissants de son temps alors que l’Europe et le monde se lancent dans un conflit qui va à jamais marquer l’histoire. Ce n’est pas tant ce message qui dérange, c’est qu’il ne semble pas être volontaire. A aucun moment, le réalisateur ou le scénariste ne font preuve de sarcasme ou ne tiennent à remettre les choses en perspective. Au contraire, le film se fini même en apothéose absurde où le roi annonce l’entrée en guerre de son pays et n’est intéressé qu’au fait qu’il l’ait dit plus ou moins sans bégayer. Suis-je le seul à trouver cela choquant? Très vite, on a l’impression que le film passe complètement à côté de son sujet, en ne proposant jamais une critique des considération profondément égocentrique de son roi, car si son handicape est bien réel, il est anecdotique face au sort de son pays. Que la politique soit principalement une histoire d’apparence, en particulier chez la monarchie Anglaise, cela n’est pas nouveau, mais qu’un film rende hommage à cela, c’est une étape qu’il me semble difficile à franchir.
The King's Speech
Ayant cela en tête, il est difficile d’apprécier ce film, malgré tous les efforts qu’il fait pour être aimé à tout prix. Cela commence par un casting en or, Colin Firth est parfait dans ce rôle qu’il parvient à ne jamais ridiculiser (aurait-il dût?), Geoffrey Rush cabotine joyeusement dans un rôle haut en couleurs quoi que très caricatural et il est bon de voir Helena Bonham Carter dans autre chose que les navets de son mari, même si son rôle est ici réduit au minimum vital, elle accomplit cela avec une élégance toute british. Le film s’efforce de nous faire passer ces 2 heures sans nous ennuyer, même s’il doit pour cela se livrer quelque fois à des « gags » très premiers degré qui n’ont rien à faire ici. Le scenario est lui plutôt soigné, faisant en sorte de mettre naturellement en avant la famille royale comme une famille normale, d’un point de vu humain, cependant, ce même scenario contient aussi l’autre gros problème du film: on nous vend un thérapeute du langage aux méthodes atypiques et surprenantes, mais à aucun moments ses méthodes ne le sont. Mis à part sa volonté d’appeler le souverain par un surnom ridicule, ses méthodes sont on ne peut plus traditionnelles. C’est bien dommage.
Voilà un film qui, malgré un très bel emballage, malgré un casting de choix au sommet de sa forme, n’est pas parvenu à retenir mon attention tant j’ai ressenti tout le long de la projection qu’il passait à côté d’une sujet bien plus intéressant que celui qu’il traitait. Jamais désagréable ou ennuyant, le film est cependant désespérément anecdotique.

Les plus:
Un Colin Firth des grands jours
Une mise en scène très soignée
Les moins:
Un violent manque de pertinence du sujet
Une scène finale qui, avec du recul, est odieusement inappropriée


posted by valmens in Les Critiques and have No Comments

Place your comment

Please fill your data and comment below.
Name
Email
Website

* Copy this password:

* Type or paste password here:

Your comment
Protected by WP Anti Spam