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La Taupe : la critique

La Taupe Portrait précis, élégant et surprenant des services secrets britanniques durant la guerre froide, entre jeu de pouvoir et paranoïa, le film se perd un peu dans sa froideur et son maniérisme.
La Taupe Note:3/4

Titre original: Tinker Tailor Soldier Spy
Réalisation: Tomas Alfredson
Scenario: Bridget O’Connor, Peter Straughan
Casting: Gary Oldman, John Hurt, Mark Strong, Tom Hardy, Toby Jones, Ciarán Hinds, Colin Firth, David Dencik, Benedict Cumberbatch…
Musique: Alberto Iglesias
Sortie: 08 Février 2012
Vu le 20 Février 2012 à 21h45 au MK2 Quai de Seine

Synopsis: Au début des années 70, en pleine guerre froide, la tête des services secrets britanniques, Control, part de manière forcée à la retraite suite à l’échec d’une opération en Hongrie qui avait pour but de savoir si le quartier général de MI6 n’avait pas été infiltré par un agent double au service de la Russie. Smiley, mis à la retraite en même temps que Control, est rappelé à l’ordre pour enquêter sur cette affaire.
Critique:
La première chose qui marque durant le visionnage même de ce film est l’élégance globale de cette œuvre extrêmement littéraire et maniérée qui se veut à l’écart de la production actuelle. Tout dans ce film est sophistiqué et précis, du langage aux nœuds narratifs, des décors à la musique, des cadrages à la photographie, du jeu des acteurs aux dialogues… Un film d’une richesse incroyable donc, qui marque également par sa sobriété globale (ceci n’est pas contradictoire), situant la guerre froide là où elle réside : dans les bureaux froids et administratifs des services secrets vieillissants. Tomas Alfredson nous avait déjà prouvé dans son merveilleux Morse qu’il possédait un œil unique, une manière incroyablement cinématographique de définir ses personnages et leurs émotions, il met donc ici son savoir faire au service d’une histoire beaucoup plus riche et complexe (peut-être trop) et parvient à rendre fluide et fascinant une histoire d’une densité proprement incroyable qui se défini autant par ses personnages que ses ambiances et ses cadrages. Le rythme global du film, volontairement lent, nous laisse sombrer peu à peu dans cet univers cruel et froid où chaque intervenant laisse peu à peu son humanité le quitté, au risque de mettre en péril sa nation. Si on regrette parfois que la complexité et l’imperméabilité du récit prive le spectateur de s’investir émotionnellement dans la plupart des segments du films, il est intéressant de constater à quel point le réalisateur parvient à faire de ce film très verbeux sur le papier une œuvre principalement visuelle où l’image et le raffinement de la mise en scène apportent souvent beaucoup plus à l’intrigue que les longs dialogues d’exposition.

La Taupe

Mais ce film n’est pas Morse, et là où son premier film avait réussi à redéfinir les bases même du film de vampire en démontrant la richesse et les possibilités nouvelles que pouvaient apporter cette mythologie dans le contexte moderne quand elle était intelligemment utilisée, ce nouveau film semble se contenter de rendre un hommage propre et classieux à une certaine culture cinématographique, un cinéma d’auteur et de géopolitique où les guerre se jouent dans les bureaux. On pense beaucoup au dernier film de Robert De Niro, Raison d’état, qui nous peignait un tableau similaire des services secrets américain, le flegme britannique en moins. Car où La Taupe marque c’est qu’il a beau être très sérieux, la sensibilité et l’humour britannique n’y sont pas exclus et donnent toute sa saveur à ce film, chose qui manquait cruellement à celui de De Niro. De ce fait, la plus grande force de ce film est son casting, qui regroupe à peu près tout ce qui se fait de mieux en termes d’acteurs masculins actuels, toutes générations confondues. Gary Oldman impressionne par sa capacité à laisser son personnage se construire au fur et à mesure, transformant son mutisme effacé initial en en terrifiant charisme en fin de film. L’acteur est dans son éléments et joue sur de nombreux registres sans jamais donner l’impression de vouloir impressionner, il est toujours au service du film et du personnage. Autour de lui, difficile de ne pas être fasciné par l’impacte que John Hurt parvient à laisser avec seulement quelques scènes, alors que Mark Strong et Tom Hardy développent des personnages à la fois fort et sensibles (humains en somme) qui prouvent qu’ils ont un registre de jeu beaucoup plus large qu’on pourrait le croire. De son côté, Colin Firth anime le film de son charisme grandissant et de la richesse de son jeu qui n’a jamais été aussi évidente que dans ce film. Et ce n’est que pour citer les plus importants, chaque intervenant est remarquable par la précision de son jeu, faisant du film un réel plaisir cinéphile.

La Taupe

Beaucoup de qualités donc auxquelles vient s’ajouter la très belle partition de Alberto Iglesia qui, après son travail impeccable sur La Piel Que Habito, nous rappelle une fois de plus cette année qu’il fait parti des grands compositeurs actuels, empruntant ici à de nombreux registres, du très classique à l’expérimental, certains segments de sa partition semblant être directement emprunté au travail de Trent Reznor et Atticus Ross sur The Social Network. Une œuvre élégante donc, à tous les points de vues, qui pêche parfois par son rythme volontairement exigeant (ceci n’est pas un film de divertissement) et son maniérisme un peu trop poussé, mais aussi par la complexité de son histoire qui, aussi riche soit-elle, ne laisse jamais l’opportunité au spectateur de s’impliquer dedans. Le film se présente donc comme une succession de tableaux, de portraits, tous très soignés qui, mis bout-à-bout, nous mènent vers une conclusion beaucoup plus belle et sensible qu’on aurait pu le croire.
Tomas Alfredson confirme tout le bien qu’on pensait de lui et signe l’un des films les plus soignés de ce début d’année, aussi impressionnant par son fond que par sa forme, qui se savoure plus qu’il ne se dévore.
Les plus:
Le jeu impeccable de l’ensemble des acteurs, Gary Oldman, Mark Strong et Tom Hardy en tête
La réalisation impeccable, fascinante, sobre et sophistiquée
La densité globale de l’œuvre
Les moins:
Le rythme parfois un peu lent


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