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La la Land : la la critique

La La Land Formaté pour chatouiller la nostalgie et titiller les oscars, ce nouveau Chazelle est un hommage sincère qui manque cependant d’audace.
La la land Note:1,5/4
Titre original: La La Land
Réalisation: Damien Chazelle
Scenario: Damien Chazelle
Casting: Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend…
Sortie: 25 janvier 2017
Musique: Justin Hurwitz
Vu le 28 Janvier 2016 à 19h25 à l’UGC Ciné Cité Confluence

Synopsis:
Mia rêve de devenir actrice, mais son quotidien se résume à un boulot de serveuse et des auditions sans lendemain. Sebastian est un pianiste jazz passionné par cette musique dans sa forme la plus traditionnelle qui rêve d’ouvrir un club où il pourrait partager sa passion. Les déambulations de Mia et Sebastian vont les amener à se croiser.
Critique :
Après son brillant et efficace Whiplash, Damien Chazelle revient sur le devant de la scène avec un film qui murmurait déjà à l’oreille des Oscars bien avant sa sorties. Reprenant assez logiquement le jazz comme toile de fond comme pour établir un lien thématique avec son précédent long métrage, le jeune réalisateur tente l’exercice assez périlleux du film hommage, ici aux comédies musicales du vieil Hollywood et aux films de Jacques Demy. Bercé de nostalgie, La La Land se veut avant tout un retour aux sources. Si l’histoire est actuelle, le récit se situant dans le présent, le film, autant dans sa mise en scène que dans les thèmes qu’il aborde, est ancré dans le passé, au point que la tag line française aurait put être « C’était mieux avant« . Le film pioche dans les codes de la comédie musicale traditionnelle, qu’il s’agisse de la mise en scène (souvent virtuose) riche en plans séquences, de la photographie très colorée, des costumes ou des chorégraphies, pour nous livrer une lettre d’amour à un genre cinématographique qui n’existe plus tout en mêlant à cela à un discours la perte de références artistiques de la nouvelle génération, par le biais de la relation de Sebastian (Ryan Gosling) au jazz. Et c’est là que le film trouve son principal défaut. Si l’hommage est de qualité et les références sont agréables à retrouver (comme le final qui est très réussi), le film n’apporte rien, trop fidèle à son discours passéiste. Il ne propose qu’un rappel d’une ère cinématographique en oubliant totalement de la moderniser ou même de raconter une histoire. Les codes sont tellement respectés que le film ne se permet presque aucune fantaisie, laissant peu de place à l’expression du réalisateur, en dehors de l’aspect purement technique, et n’osant au final rien dans un genre qui ne réclame que ça. On retrouvait ce problème chez The Artist de Michel Hazanavicius, à cela près que le réalisateur français avait réussi à insérer dans son métrage quelques scènes qui réfléchissait sur le genre auquel il rendait hommage et sur la forme cinématographique en elle-même, aspect totalement absent du film de Damien Chazelle. La La Land souffre aussi d’une structure narrative volontairement (mais maladroitement) scindée, l’histoire se déroulant sur 4 saisons, le spectateur n’ayant droit qu’à quelque jour de chaque saison. Cela a pour effet de rendre parfois étrange les rapports entre les personnages et surtout d’ôter toute forme d’implication du spectateur. On ne s’ennuie pas, mais on est relativement indifférents à ce qui se passe, d’autant plus que le film n’a pas de personnages secondaires à proprement parler, rendant la relation entre Sebastian et Mia étrangement exclusive. Si cela n’enlève rien à la qualité de l’exercice de style, le film en reste cependant réduit à cela. Qui plus est, même si le réalisateur a plusieurs fois expliqué que cela était volontaire, les numéro musicaux (à l’exception de l’introduction) manquent cruellement de puissance et de dynamisme en terme de chorégraphie. C’est d’autant plus gênant que les frères Coen nous ont offert un hommage bien plus marquant à ces chorégraphies le temps d’une simple scène avec Channing Tatum dans leur Avé César il y a à peine un an. Cette scène parvenait à retranscrire la magie de ce cinéma et la prouesse technique que cela représentait, ce qu’on ne ressent presque jamais durant tout le visionnage de La La Land.

La La Land

Damien Chazelle est un excellent scénariste, il nous l’a déjà prouvé, et le scénario de La La Land est une preuve supplémentaire de sa capacité à écrire des personnages humains et complets. Les deux personnages principaux sont riches et sont définis par leurs interactions et leurs dialogues, permettant de donner de la vie aux situation sans jamais que cela ne soit artificiel. Mais le problème est qu’au-delà de ces deux personnages, il n’y a pas grand chose. Comme dit précédemment, il n’y a pas de personnages secondaires et une histoire on ne peut plus minimaliste (autant au niveau de l' »intrigue » que de la romance). Là encore, c’est bien entendu une volonté de faire prévaloir l’hommage sur le reste, mais le visionnage du film en devient presque ennuyeux. On a l’impression d’avoir assisté à un vague souvenir du film plutôt qu’au film lui même. La La Land tient au final avant tout son charme de son casting, les deux acteurs principaux étant excellents et invitant le spectateur dans le film. Ryan Gosling est dans son élément plus que jamais, jouant autant de son charme naturel que de sa capacité à se fondre dans un rôle (ici en apprenant à jouer au piano comme un pianiste professionnel pour le film) et Emma Stone apporte au film le naturel et l’énergie qui la caractérisent. Il y a une réelle alchimie entre les deux acteurs qui devient vite l’essence même du film. Quant à la mise en musique, élément central de ce type de productions, elle est très bien gérée même si on sort de là sans aucune musique dans la tête. Ce n’est pas un défaut en soit, mais les musiques et les chansons sont plus fonctionnelles que prenantes. De plus, malgré de longs discours sur la richesse du Jazz et ses origines, les compositions restent volontairement très simples et accessibles.

La La Land

Mais La La Land en a tout de même sous le capot, et on sent un film personnel et maîtrisé de bout en bout. Son principal défaut reste d’être trop respectueux et révérencieux à l’égard du genre auquel il rend hommage. Le film est taillé pour faire le plein de récompenses mais son manque d’audace autant à l’écriture qu’à la réalisation le prive de pouvoir réellement ressuscité la comédie musicale à l’ancienne. La démarche du film est d’autant plus surprenante qu’un des (rares) personnages secondaires incarné par John Legend explique pendant le film pourquoi c’est un exercice voué à l’échec : la comédie musicale des années 50 / 60 n’était pas nostalgique, c’était un genre jeune et dynamique qui exploitait à fond les capacité du cinéma de l’époque, alors que La La Land se contente d’avoir une attitude puriste et purement nostalgique à son égard/

La La Land est une sympathique virée nostalgique qui propose de rappeler le charme et la beauté d’un genre abandonné plutôt que d’essayer le réanimer, un exercice de style éphémère loin d’être à la hauteur de ce qu’on attendait de Damien Chazelle.

Les plus:
Ryan Gosling qui sort le grand jeu
La photographie et l’imagerie parfaitement maîtrisées
Un hommage réussi
Les moins:
Un scénario un peu trop mince
Une réalisation trop polie


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