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Imitation Game : la critique

Imitation Game Benedict Cumberbatch a du mal à convaincre dans ce biopic historique inoffensif et d’un affligeant classicisme
Imitation Game Note:1,5/4
Titre original: The Imitation Game
Réalisation: Morten Tyldum
Scenario: Graham Moore
Casting: Benedict Cumberbatch, Keira Knightley, Matthew Goode, Mark Strong, Rory Kinnear, Charles Dance…
Sortie: 28 Janvier 2015
Musique: Alexandre Desplat
Vu le 5 Février 2015 à 19h55 à l’UGC Ciné Cité Confluence

Synopsis:
Alors que la deuxième guerre mondiale est en train de consumer l’Europe, le Royaume-Uni engage quelques grands mathématiciens pour trouver un moyen de retranscrire les communications allemandes, codées via le système Enigma, afin de pouvoir déjouer leurs plans. Parmi ces mathématiciens, Alan Turing décide de ne pas se contenter déchiffrer les messages, travail qu’il estime futile et laborieux, mais tout simple de construire une machine qui pourra traduire automatiquement tous les messages brouillés par Enigma. Malheureusement, son incapacité à travailler en équipe ou à communiquer et sa condescendance naturelle vont compliquer son travail.
Critique :
Les biopics historiques sont rarement des grands films, difficile en effet pour un réalisateur et des acteurs d’apporter leurs personnalités à des œuvres à ce point ancrées dans une réalité historique. Inutile de dire qu’avec ce film, Morten Tyldum ne déroge pas à la règle, loin de là. Pourtant le réalisateur possédait là un sujet original et intéressant : montrer la guerre sans champs de bataille, sans explosions, sans une goutte de sang, sans même avoir de personnages directement impliqués dans le conflit. Mais le réalisateur ne parvient jamais à construire quoi que ce soit avec ce film pour la simple et bonne raison qu’il n’a pas défini son sujet,la s’est contente de raconter l’histoire d’Alan Turing sans point de vu ni angle d’attaque. En s’attaquant à cette figure historique, personnage riche et mystérieux s’il en est, beaucoup de pistes s’ouvraient : son travail, son homosexualité, sa tragique fin de vie, la reconnaissance tardive de son génie… Le réalisateur décide de ne pas choisir, de mélanger toutes ces pistes et de nous présenter un résultat indigeste et sans fond, juxtaposant artificiellement 3 parties de sa vie : son enfance, son implication dans le déchiffrage des messages codés par Enigma et une en. C’est d’autant plus dommage que cela nous empêche de nous investir émotionnellement dans le film, ce qui aurait été un plus incontestable dans un film qui se contente d’être une compilation de scènes où un mathématiciens construit une machine dont on ne comprend pas le fonctionnement et de scène où le même mathématiciens essaie d’interagir avec des gens dont il n’arrive pas à comprendre le émotions. Le tout est englué dans une réalisation qui fait très film télé, avec ses insères de scènes de combat génériques et de l’Angleterre touchée par la guerre (Oh regarder, cette maison a été détruite par un obus, mais comme ce sont des anglais, ils sont assis sur les ruines en train de boire du thé tranquillement, c’est drôle). Le film se conclut en apothéose en mélangeant des images de joies et la descriptions (en texte seulement) de la mort on ne peut plus tragiques d’Alan Turing, et le spectateur se demande réellement ce qu’il doit ressentir, c’est rarement bon signe.

Imitation Game

Le scenario est probablement le coeur du problème pour ce film. La décision de juxtaposé trois périodes de la vie du personnage n’était pas forcément mauvaise, le problème est que l’intercalation est artificielle et n’apporte rien au récit si ce n’est quelques longueurs inutiles. De l’enfance on ne retient que très peu de choses (qui ne justifient en rien presque 25 minutes du métrage) alors que la fin de sa vie intéressante et terrifiante, est expédiée via quelques cartons en fin de film et une enquête qui ressemblait presque à un gag tout droit sorti de la série Sherlock. De même, l’écriture des personnages manque cruellement d’originalité et de profondeur. De plus, le film s’inscrit dans la longe lignée des films sur des génies où on estime que le spectateur est trop bête pour comprendre les travaux du personnage alors on ne nous explique rien. Certes ce n’était pas le coeur du film, mais quelques minutes pour expliquer le fonctionnement de la machine que Alan Turing était en train de construire aurait permis de nous investir plus dans le récit. En bref, le scénario se contente de raconter l’histoire plutôt que de nous la faire vivre. Niveau casting, s’il y a du beau monde, il n’y a malheureusement pas de belles performances. Benedct Cumberbatch hésite entre le génie irascible et spirituel (Sherlock quoi) et le syndrome d’asperger, si bien que son personnage n’a aucune réelle consistance, Keira Knightley minaude comme pas possible, et est en plus affublée d’une étrange coloration de cheveux qui pue l’anachronisme/fashion faux pas, et Matthew Goode est très charmant mais on n’arrive à aucun moment à croire qu’il est un génie des maths (probablement parce qu’il ne fait rien). Les seconds rôles ne sont pas mauvais, mais n’arrivent pas à donner de la saveur à ce film qui, au final, est très scolaire. Même la musique d’Alexandre Desplat est relativement fade, en comparaison de ce que le comositeur peu faire.

Imitation Game

Imitation Game n’est pas un mauvais film à proprement parler, étant donner qu’il nous raconte poliment l’histoire qu’on s’attendait qu’il nous raconte, mais il n’a pas vraiment d’âme ou d’intérêt. A aucun moment on a l’impression d’explorer le cerveau d’un génie, de toucher du doigt l’incompréhension de la société à son égard, jamais on est touché par ‘injustice qui finit par le frapper ou par la violence du conflit qui sert de contexte. Bref, le film a beau être un biopic historique on ne peut plus classique dans sa structure et sa mise en scène, il ne parvient pas pour autant à remplir la première (et seule) mission de ce genre de film : nous permettre de côtoyer, l’espace d’une heure et demi, une époque et un personnage. De plus, l’inconstance du jeu de Benedict Cumberbatch n’aide vraiment pas à oublier justement l’acteur pour s’intéresser au personnage.
Imitation Game voulait lever le voile sur un génie longtemps ignoré par l’histoire, malheureusement le film est beaucoup trop quelconque pour accomplir cela.
Les plus:
Un rythme suffisamment bien géré
Les moins:
L’absence d’audace et de fond du scénario
Une réalisation sans personnalité
Benedict Cumberbatch en petite forme


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