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Hanna : La critique

Hanna Complètement à contre courant des productions d’action actuelles, Hanna se dégage du lot comme un thriller puissant, brut et épuré laissant une large place à la poésie. Une réussite modeste et maitrisée.
Hanna Note:3/4
Réalisation:Joe Wright
Scenario: Seth Lochhead, David Farr, Seth Lochhead
Casting: Saoirse Ronan, Eric Bana, Cate Blanchette, Tom Hollander…
Musique: The Chemical Brothers
Sortie: 6 Juillet 2011

Synopsis:
Hanna, sans réellement savoir pourquoi, a été super entrainée toute sa vie par son père pour devenir l’égale de la fine fleur des agents secrets, a ce détail prêt qu’elle a été élevée isolée de tout pour se défendre de ces derniers une fois le moment venu. A 16 ans, elle décide que le moment est venu.
Critique:
Élaboré comme un film d’action d’auteur surprenant et sensible, la première chose qui frappe à la vision de Hanna est à quel point son aspect globalement simple et épuré permet de laisser une bien plus grande place à l’implication du spectateur. En effet, pas de montage saccadé ici avec des scènes d’action en technicolor à grand renfort de CGI mais plutôt des plans séquences aussi impressionnant qu’épurés, pas de grand mystère à résoudre ou de monde à sauver mais plutôt des problèmes personnels et des personnages abîmés, pas de super star sexy et de scènes de combats aussi chorégraphiée qu’irréalistes pour les mettre se valeur mais plutôt un casting parfaitement équilibré d’acteurs qui ont la tête de l’emploi et qui sont là au service du film et non pas le contraire. Si Hanna n’est cependant pas le chef d’œuvre absolue du film d’action, il parvient à se hisser très élégamment dans cette classe si particulière des films qui dégagent naturellement quelque chose de si différent et attractif qu’ils deviennent des références immédiates, comme le fût en son temps le très sombre Narc de Joe Carnahan. Joe Wright n’est pas un habitué du cinéma d’action (il a à son palmarès des films comme Orgueil et Préjugés ou Reviens-moi, qui seraient plutôt l’opposé de ce cinéma) et cela se sent à chaque instant du film, mais dans le sens positif du terme : plutôt que l’aborder comme un film de genre avec des codes et des règles à respecter, il l’aborde comme quelque chose de nouveau qu’il découvre en même temps que le spectateur et qu’il explore avec sa sensibilité propre plutôt qu’à partir de pistes déjà usées. S’appuyant sur un scénario simple et efficace, le réalisateur s’attache ainsi plus à établir des personnages et des lieux qu’à mettre en place des scènes d’actions pures, ce qui rend ces dernière aussi puissantes qu’elles se font rares. Usant d’un grain d’image volontairement imparfait et de jeux de lumières faisant le grand écart, Joe Wright parvient à donner une dimension à la fois organique et surréaliste à son film, tout en faisant visiblement hommage à Danny Boyle, qui avait longtemps été attaché au projet. Ici encore, la réalisation est d’autant élégante qu’elle se met au service de l’histoire et de ses personnages, laissant de côté l’aspect roublard inhérent au genre et se permettant même certaines de laisser une très large place à la poésie et l’humour, notamment dans la découverte progressive du monde que fait cette jeune fille (croisement entre les Leeloo et Nikita de Besson) durant le film, voire au non sens complet avec se tueur allemand chantant et dansant.
Hanna

Mais Joe Wright n’est pas le seul à avoir du mérite dans ce film, au contraire, le film est conçu de telle manière que tout le monde y brille de son talent, à commencer par l’actrice principale, Saoirse Ronan, qui se révèle extrêmement touchante dans ce rôle de petite fille élevée à l’écart du monde à qui on a jamais laisser le droit d’être un enfant. Jouant d’un habile mélange de naïveté et de froideur, elle est l’âme du film guidant le spectateur dans son périple et parvient à rendre réaliste ce personnage. A ses côtés, Eric Bana offre une très belle prestation mystérieuse et physique tandis que Cate Blanchette est terrifiante et géniale à la fois en méchante absolue, sans âme ni remord, à la frontière de la caricature sans jamais tomber dedans. Autre aspect primordial de la réussite de ce film, la musique des Chemical Brothers n’est pas seulement une très belle partition accompagnant parfaitement les aventures de Hanna, elle est un réel ressort narratif du film, comme une présence invisible qui règle la tension du spectateur tout en laissant une large place au silence, ce qui est rare dans ce type de productions. Il est d’ailleurs à noter que les Chemical Brothers entre avec ce film dans la grande famille toujours grandissante des rock stars passées au rang de compositeur, auprès de Daft Punk (Tron Héritage), Trent Reznor (Social Network) ou Sonic Youth (Simon Werner a disparu) pour ne citer que les plus récents. En plus de nous éviter cette sempiternelle rengaine à la Inception qui semblent coller au genre du film d’action depuis 1 an (Daft Punk n’a d’ailleurs pas réussi à éviter ce cliché) les Chemical Brothers nous offre une BO très originale et enivrante, qui n’est pas sans rappeler les essais électro de Tom Tykwer pour son Cours Lola Cours.

Hanna

Jouant sur le contraste entre la grâce de la nature et la froideur de l’urbanisation européenne, les décalages culturels et la violence des sociétés modernes, Hanna cherche plus à créer un sentiment général, une aura globale, qu’à donner des leçons, à faire des constats qu’à tirer des conclusions. Écrit comme un boucle, le film son conclu en pied de nez aussi satisfaisant qu’osé, permettant au film de ne jamais sombrer dans l’apitoiement ou de perdre son rythme dans une conclusion joyeuse ou triste qui aurait de toutes les manières été de trop. Et si le film n’est pas parfait, accusant ça et là quelques pertes de rythme, quelques longueurs qui sont immédiatement excusées, on se délecte de son ‘aspect brut et de sa volonté à ne pas être réaliste, à délivrer un divertissement original et intelligent. On apprécie tout particulièrement les seconds rôles drôles et décalées qui viennent donner à son film un charme venu d’ailleurs, de l’énergie débordante de Jessica Barden qui reprend ici quasiment le personnage qu’elle campait dans Tamara Drewe, au naturel comique et flegmatique de Jason Flemyng, éternel second couteau du cinéma international, en passant par l’impeccable Olivia Williams, délicieuse en mère hippie, et Tom Hollander aussi hilarant que terrifiant en tueur Allemand détraqué qui ressemble à un petit frère européen et sexuellement indéfini du Dennis Hopper de Blue Velvet.

Un ensemble qui brille donc par sa cohérence et sa simplicité et qui s’impose le plus naturellement du monde non seulement comme le meilleur film d’action de l’année mais aussi et surtout comme un divertissement singulier, hors du temps et terriblement efficace.
Les plus:
La prestation physique et sensible de Saoirse Ronan
La superbe musique des Chemical Brothers
Le joyeux non sens qui s’installe dans plusieurs scènes
Les moins:
L’absence d’une vraie scène d’action finale permettant d’atteindre l’apothéose

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