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Blue Jasmine : la critique

Blue Jasmine Blue Jasmine, malgré ses quelques défauts, reste ce que Woody Allen nous a proposé de plus consistant depuis 10 ans.
Blue Jasmine Note:2.5/4
Titre original: Blue Jasmine
Réalisation: Woody Allen
Scenario: Woody Allen
Casting: Cate Blanchett, Sally Hawkins, Alec Baldwin, Bobby Cannavale, Louis C.K., Peter Sarsgaard, Alden Ehrenreich…
Musique originale : divers
Sortie: 25 Septembre 2013
Vu le 27 Août 2013 à 20h20 à l’UCG bercy (avant première en présence de Woody Allen, Cate Blanchett et Sally Hawkins)

Synopsis:
Jasmine est tombée en dépression après avoir perdu toute sa fortune suite à l’arrestation de son mari pour détournement de fonds et son suicide. Elle s’installe alors chez sa sœur dont le niveau de vie est dramaticalement opposé au sien et essaie de se reconstruire malgré son incapacité à se sortir de sa dépression et l’incompatibilité de ce nouveau niveau de vie et de cette cohabitation avec ses habitudes.
Critique :
Fidèle à lui même, Woody Allen nous livre sa copie annuelle dans laquelle on retrouve, comme toujours, un casting de talents solides, une musique jazzy et raffinée et une réalisation académique au possible. Pourtant, ce nouveau film est loin de ressembler à ce à quoi le réalisateur nous a habitué depuis une dizaine d’années. Âpre, cynique  et sombre, ce film est l’un des plus déprimants sur le réalisateur nous ait présenté. Blue Jasmine traite de sujet aussi festifs que la folie, la dépression, la décadence sociale, l’inadaptabilité, le mensonge ou la tromperie avec un premier degré qui fait parfois froid dans le dos. Le personnage principal incarné par Cate Blanchett est à la fois fragile et détestable : aussi dépressive et perdue soit-elle, elle est la personnification du mensonge et du dédain, détruisant en permanence le monde qui l’entoure. Une victime qui s’enfonce elle même plus bas que terre. Un sujet surprenant pour le réalisateur qui nous a habitué à plus de légèreté, mais surtout un film dont on a du mal à saisir le message si ce n’est une description parfois caricatural, parfois elliptique d’une descente vers la folie. Pourtant, le forme du film (et c’est là sa force) laisse en permanence entrevoir une issue positive : Woody s’amuse à faire contraster la forme d’une comédie légère et bourgeoise avec un fond on ne peut plus sombre. C’est malin et efficace et cela sert à merveille le personnage principal qui privilégie elle aussi en permanence la forme au fond. En revanche, là ou le film se perd un peu c’est dans les autres personnages. Woody Allen essaie de faire un parallèle entre la décadence de cette femme et la vie limite « White Trash » de sa sœur, mais la relation entre les deux femmes manque de profondeur et de réalisme si bien que le contraste ne mène pas à grand chose et l’influence du personnage principal sur sa sœur manque souvent de réalisme. De même, le film tente de traiter le sujet du refus des origines sociales et de la prédestination, mais n’amène que très peu d’éléments si bien que ces pistes sont superflus.
Blue Jasmine

Construit selon une alternance d’évènements et de flash back, le film là encore pèche par son manque de consistance en ne nous offrant que des situations assez clichées alors qu’on aurait aimé un peu plus de finesse et de profondeur. C’est dommage car ce film est très ambitieux et bourré de qualités, au point qu’on aurait préféré que Woody Allen prenne une année de plus pour le faire plutôt que de se tenir à son rythme habituel. Dans le rôle principal, on retrouve une Cate Blanchett très en forme, qui vise clairement l’oscar en nous livrant une prestation très expressive de la folie, au risque d’en faire parfois un peu trop. Elle éclipserait presque le reste du casting si elle était réellement confrontée à eux, mais sa partition est presque solitaire. A ses côtés, Sally Hawkins est impeccable dans un rôle cependant pas assez développé tandis que Alec Baldwin est parfait dans un rôle qui lui va comme un gant (un avatar de son Jack Donaghy de 30 Rock). On découvre avec plaisir le talent de Bobby Cannavale, touchant au possible, et on retrouve avec plaisir Peter Sarsgraad et Alden Ehrenreich dans des rôles cependant anecdotiques. La bonne surprise du film est qu’ici, personne n’essaie de jouer comme Woody Allen (contrairement à To Rome With Love où tout le monde essayer de jouer comme le réalisateur).

Blue Jasmine

Blue Jasmine parvient à accomplir l’exploit d’être surprenant, ce qui n’était pas arrivé (de manière positive) depuis bien longtemps de la part de Woody Allen (de mémoire, depuis La vie et tout le reste, en 2003). C’est plutôt efficace, propre et bien joué, mais on en sort avec le sentiment d’être passé à côté de quelque chose qui aurait put être tellement mieux, et c’est dommage. Ne parvenant jamais réellement à créer des relations tangibles entre ses personnages, chacun d’entre eux n’étant au mieux relié que par un évènement, un sentiment, le film se contente de dresser le portrait d’une descente violente vers la folie le tout entrecoupé de réflexions sur la décadence sociale, l’égoïsme, la naïveté, la fidélité et le couple, sans jamais réellement les approfondir.
Blue Jasmine est probablement ce que Woody Allen a fait de mieux depuis 10 ans (et ça représente 11 films pour le réalisateur hyperproductif), même si on aurait aimé un scénario plus approfondi et des relations entre les personnages plus fouillées.
Les plus:
Un casting impeccable dans les premiers et les seconds rôles
Un décalage délectable entre une forme légère et un fond extrêmement sombre
Une mélange efficace de drame et de comédie
Les moins:
Une réalisation un peu trop classique
Un scénario pas à la hauteur du potentiel de l’histoire


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