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Black Swan: la critique


Oeuvre d’art sur l’art et la perfection, Black Swan nous plonge dans l’enfer de la beauté et de la perfection. Un voyage terrifiant, fascinant et sublime à la fois.
Black Swan” height= Note:

Réalisation:Darren Aronofsky
Scenario: Mark Heyman, Andres Heinz, John J. McLaughlin
Casting: Natalie Portman, Vicent Cassel, Mila Kunis, Barbara Hershey, Winona Ryder…
Musique: Clint Mansell
Sortie: 2 Février 2011

Synopsis:
Nina, une des danseuse les plus travailleuses et talentueuses du Ballet de New York se voie promue remplaçante de la danseuse étoile vieillissante. Elle doit alors transcender sa technique et sa personnalité pour incarner son premier rôle de danseuse étoile dans le lac des Cygnes.
Critique:
Black Swan n’est pas un film sur la danse, ce n’est pas un ballet filmé et encore moins une comédie musicale. Si telles sont vos attentes, passez votre chemin, vous risquez d’être surpris et déçu. Black Swan est un film sur la création par l’autodestruction, c’est une fable sur la beauté et la douleur, la violence et la grâce, un film monument sur l’art autant que sur l’humain. La danse est ici un discipline, une métaphore de la beauté obtenue par le travail et le dépassement physique et psychologique. Complexe et exigeant dans son fond et sa forme, surprenant et atypique dans son traitement,Black Swan est un film entier, qui n’a admis aucun compromis dans son écriture, sa réalisation ou son exécution, nous offrant une vision brute et directe, presque organique, du sujet ici abordé par le réalisateur: la création artistique. Darren Aronofsky nous l’a prouvé par le passé sur chacun de ces films, il ne fait pas des films pour plaire ou pour vendre, il considère, et c’est tout à son honneur, le cinéma comme un art à part entière, excluant totalement de son équation les aspects populistes et mercantiles polluant trop souvent les projections, mêmes des œuvres considérées les plus exigeantes. cela ne veut pas dire pour autant qu’il nous pond des pellicules élitistes et expérimentales, au contraire, le réalisateur se sert du cinéma pour exprimer au monde ses angoisses, ses obsession, ses douleurs, mais aussi et surtout la beauté par laquelle ces sentiments pourtant sombre passent pour s’exprimer. Son cinéma est polymorphe, sensible et humain, la réactions à ses films est épidermiques, sensorielle. Black Swan ne fait pas exception, et nous propose un voyage dans les pensées d’une danseuse étoiles se torturant physiquement et psychologiquement pour obtenir une chimère: la perfection artistique. Sacrifice de soit pour le public, pour le créateur ou pour la satisfaction personnelle, on ne le sait jamais, mais le sacrifice est là, devant nos yeux, en permanence partagé avec le public parfois avec une surprenante impudeur. l’auto destruction est au centre de tous les films de Darren Aronofsky, mais elle n’est jamais gratuite, jamais naïve, elle est toujours une sorte d’extension de l’humanité de ses personnages, leur quête perdue. Quête du savoir dans PI, du bonheur dans Requiem For A Dream ou de l’éternité dans The Fountain, elles sont ce qui définissent les personnages par leurs aspirations.
Black Swan
Ici la quête est celle de la perfection artistique, et le choix de la danse classique n’est pas un hasard, il se pose même comme une évidence. Rare sont les disciplines aussi exigeantes, physiquement et mentalement, la danse classique est la métaphore tangible du don de son être à une cause plus grande, plus belle, le sacrifice complet et irréductible de sa vie au profit d’une œuvre d’art. Darren Aronofsky nous montre pendant tous son métrage que ce sacrifice, aussi douloureux soit-il, est volontaire. La beauté naît du travail et de l’abnégation, de l’oubli de soi-même. Mêlant des visions fantastiques à un film extrêmement réaliste et humain, le réalisateur nous inclue tous le long du métrage, partage avec nous ces douleurs et ces délires pour nous mener, vers la conclusion de son film, une explosion de beauté et de grâce qui vient littéralement terrasser le spectateurs. Le réalisateur parvient à nous montrer, de manière brève et humble, pendant quelques secondes, une certaine forme de perfection artistique, pas la sienne, pas son film, il n’a jamais cette ambition ou cette prétention, il nous montre celle pour laquelle on a souffert avec le personnage principal durant tout le film, celle que la ballerine Nina a construite dans sa douleur et sa terreur, il nous l’offre durant quelque secondes, car la perfection est éphémère, quelques secondes suffisent.
Black Swan
Traiter avec justesse un tel sujet est de l’ordre de l’exploit, mais le réalisateur y parvient, avec l’aide de l’ensemble des éléments qui constitue la complexité de la forme cinématographique. Tout commence pas un casting et surtout une actrice: Natalie Portman. De tous les plans, celle qui s’est fait connaître dans le rôle de Mathilda dans le Léon de Besson nous dévoile ici toute l’étendue de son talent en se dévoilant totalement durant tous les plans de ce film.  la performance technique est réelle, en plus d’avoir pris un corps de danseuse, elle en a pris la grâce et la technique, mais elle anecdotique à côté de la performance d’actrice. ses émotions, en permanence balancé en gros plans, en permanence extrêmes, n’ont rien de factice. Natalie s’efface au profit de Nina, on oublie très vite l’actrice, on oublie son passé et le fait qu’il s’agit d’une fiction. Cette performance est de manière évidente l’une des plus surprenante de l’année. Mais le reste du casting est tout aussi impressionnant: Vincent Cassel s’en sort à merveille dans un rôle pourtant casse gueule et parvient à nous faire ressentir la réelle sensibilité de ce personnage dur et manipulateur, Mila Kunis incarne avec une troublante légèreté ce personnage nature et complexe, Winona Ryder s’offre un come-back douloureux et osé en ballerine cassée et Barbara Hershey incarne une figure maternelle à la fois hyper protectrice et démunie. Rien ne sonne faux, rien n’est gratuit. Ensuite il y a l’univers sonore qui, en plus de mélanger une sublime partition de Clint Mansell à des morceaux classiques,  nous plonge littéralement dans le psyché du personnage où les sons et les bruits qu’elle entend pour peu à peu les transformer en son de cygnes. C’est subtile et extrêmement bien amené. Il y a bien sûr la photographie, crue au possible, qui donne chaire aux quelques plongées fantastiques, il y a le scenario, irréprochable et pourtant d’une simplicité exemplaire, il y a aussi la réalisation, tout en caméra au poing, qui nous donne un point de vue unique autant sur les émotions du personnages que sur les performances scéniques – ici ce n’est pas le résultat de la performance qui est dévoilé par la réalisation, c’est le fruit du travail des danseuses -… L’ensemble est tellement cohérent et évident que ce film est condamné à devenir un classique instantané.
Black Swan
Mais c’est un film qui parle de l’art et de la complexité de faire une œuvre, et c’est là que se trouve la plus grande réussite du du film, car si tout le long du film, comme son personnage principal, le film repose une une technique parfaitement maîtrisée, il n’atteint la réelle beauté artistiques, comme son personnage, qu’à moment où il se laisse emporté, dans ce dernier acte superbe, pour ne pas dire époustouflant, où le film dépasse le stade cinématographique pour devenir une œuvre d’art à part entière, le cinéma n’étant que son support. Et si cette scène procure une telle jouissance, c’est que comme le personnage principal, le spectateur a dû souffrir tout le long du film, il a vécu les douleurs et les peurs de Nina pour au final mériter cette scène finale. Il est d’ailleurs fort probable que sortie de son contexte et visionnée séparément, cette scène n’ai plus du tout la même résonance.
Aboutissement logique de la carrière de Darren Aronofsky, qui s’est progressivement défait de ses tiques visuels – qui pouvaient s’apparenter à de l’esbroufe  – pour mieux se plonger dans le cœur de ses sujets, Black Swan est un objet cinématographique unique et incontournable, une expérience organique qui transportera certains autant qu’elle exclura d’autres.

Les plus:
Natalie Portman
comme on ne l’a jamais vu
Un scène finale d’une rare beauté
Un habillage sonore impliquant et inquiétant au possible

Les moins:
La nature même du film risque de surprendre et de perdre une partie du public


posted by valmens in Les Critiques and have Comments (2)

2 Responses to “Black Swan: la critique”

  1. bernard dit :

    « le lac des signes », really ?
    fais moi le plaisir de m’envoyer tes (très justes et bien écrites) critiques pour révision orthographique avant publication. je suis au chômage, n’aie aucun scrupule. bisoubisou

  2. […] Mais c’est un film qui parle de l’art et de la complexité de faire une œuvre, et c’est là que se trouve la plus grande réussite du du film, car si tout le long du film, comme son personnage principal, le film repose une une technique parfaitement maîtrisée, il n’atteint la réelle beauté artistiques, comme son personnage, qu’à moment où il se laisse emporté, dans ce dernier acte superbe, pour ne pas dire époustouflant, où le film dépasse le stade cinématographique pour devenir une œuvre d’art à part entière, le cinéma n’étant que son support. Et si cette scène procure une telle jouissance, c’est que comme le personnage principal, le spectateur a dû souffrir tout le long du film, il a vécu les douleurs et les peurs de Nina pour au final mériter cette scène finale. Il est d’ailleurs fort probable que sortie de son contexte et visionnée séparément, cette scène n’ai plus du tout la même résonance. Black Swan […]

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