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Bellflower : la critique

Bellflower Evan Glodell nous fait découvrir avec plus ou moins de talent le monde merveilleux de la stupidité d’une génération sans ambition ni repère avec ce film qui vogue entre le surfait et le gracieux.
Bellflower Note:2,5/4

Titre original: Bellflower
Réalisation: Evan Glodell
Scenario: Evan Glodell
Casting: Evan Glodell, Tyler Dawson, Jessie Wiseman, Rebekah Brandes, Vincent Grashaw…
Musique: Jonathan Keevil
Sortie: 21 Mars 2012
Vu le 21 Mars 2012 à 20h25 à l’UGC Cine Cité les halles

Synopsis: Woodrow et son meilleur ami Aiden sont deux jeunes hommes sans ambition qui passent le plus claire de leur temps à boire, à errer et à construire un attirail post-apocalyptique inspiré de Mad Max 2 composé de lance flamme et d’un voiture trafiquée. Quand Milly arrive dans la vie de Woodrow, il tombe éperdument amoureux et se livre entièrement à cette romance, abandonnant pour un temps ses projets avec Aiden.
Critique:
Bellflower est un film sur la stupidité, d’idiotie d’une génération qui ne comprend pas le monde qui l’entoure et qui ne fait aucun effort pour essayer. Une génération tellement paumé que, plutôt qu’essayer de trouver une place dans la société qui l’entoure, se construit un place pour quand cette société se sera effondrée. Le film nous livre donc cette tranche de vie d’un homme entre 20 et 30 ans qui ne fait rien si ce n’est s’engager en permanence et volontairement dans les mauvaise directions. Découpé en segments (plus pour structurer un récit très éparse que par effort stylistique), Bellflower nous présente une descente progressive, méthodique et irrémédiable dans l’enfer de la médiocrité : de l’alcoolisme juvénile des personnages à leur absence totale de considération envers leurs devoir citoyens, les protagonistes de ce film en deviennent peu à peu ridicules et détestables, jusqu’à mener vers un avant dernier acte (qui aurait dût être ultime…) où, enfin, ils agissent, ils font quelques chose : ils s’autodétruisent. Tourné sur une durée de 3 ans avec les moyens du bord, le film ressemble un peu à la voiture post-apocalyptique que les personnages construisent dans le film : volontairement sale et piochant ça et là dans le style d’autres œuvres à défaut d’avoir une personnalité cinématographique propre, Bellflower est un objet aussi fascinant qu’il est atterrant et maniéré. Le réalisateur (également scénariste et acteur principal) se sert de l’excuse du film « fait maison sans moyen » pour nous livrer un film très brouillon, mal écrit et mal construit, souvent mal filmé et volontairement crade. « Excuse » parce que de temps en temps, le réalisateur se prend en main et nous livre des plans superbes d’une puissance incroyable qui laissent rêveur quant à ce qu’aurait put être le film s’il ne s’efforçait pas sans cesse à ressembler à une pub pour des Converses.
Bellflower

Pourtant, Bellflower est un film plutôt intelligent sur la stupidité, tant ce portrait est fait à partir de petites touches, avec minutie et précision, si bien qu’on se demande si cela n’est pas accidentel, si le réalisateur n’est pas stupide au point de faire de son propre autoportrait l’un des plus beaux films sur la connerie apathique de notre génération. Sorte de croisement entre Tueur Né et Gerry, ce film est cependant remarquable par sa capacité à emporter naturellement le spectateur et à construire ses personnages avec minutie et finesse. Côté acteur, Evan Glodell se coltine aussi le rôle ingrat du crétin de service, un peu naïf, un peu mou et complètement paumé sur qui tourne le film et il parvient, avec ses faux air de Sam Rockwell joufflu dénué de charisme, à être un parfait guide pour cette virée vers la médiocrité, tandis que Tyler Dawson est très intéressant en Tyler Durden désabusé alors que Rebekah Brandes et Jessie Wiseman s’en sortent plutôt bien dans les rôles de ces deux visions limites misogynes de la femme. Reste que, aussi bons que soient les acteurs, leur direction ressemble à la réalisation du film, brouillonne et volontairement caricaturale si bien qu’on frôle parfois le Tommy Wiseau dans certaine scène. Le tout est bercé de délicieuses rengaines de rock indé terriblement caricaturales qui collent parfaitement à l’ensemble.

Bellflower

Dans le Making Of de Apocalypse Now, Coppola parle de l’avenir du cinéma, d’un cinéma où les chefs d’œuvres ne viendront plus des grands studios mais de vrais artistes qui nous feront redécouvrir le vrai sens du cinéma en filmant dans leur jardin, avec leur caméra, les histoires qui les hantent. Coppola a probablement raison, et ce film aurait pût être ces chefs d’œuvres, il en a l’apparence et la teneur, malheureusement, Evan Glodell n’a pas le talent et l’intelligence suffisants pour mener à bien ce projet qui aurait dût être une révolution dans le cinéma indépendant mais qui se contente de piquer au Dogme, à Larry Clark et à Gus Van Sant ce qui l’intéresse, sans rien apporter de neuf. On regrette que la forme ne soit pas à la hauteur, et l’excuse du budget n’est pas bonne, souvenons nous que dans les années 80, des gens comme Peter Jackson et Sam Raimi nous livraient, avec les mêmes conditions de tournages, des chefs d’œuvres intemporels qui, aujourd’hui encore, font date dans l’histoire du cinéma.
Bellflower est un film intéressant et marquant mais profondément inégal et duquel se dégage la désagréable volonté de vouloir être hype sans jamais vraiment réussir. Cependant, l’avant dernier acte laisse entrevoir un réel talent, un propos et un jusque boutisme rafraichissant dans le cinéma indépendant actuel.
Les plus:
Des personnages réalistes, bien écrit et bien interprété
Un rythme prenant et naturel
Un avant dernier segment proprement incroyable
Les moins:
Une réalisation volontairement et gratuitement dégueulasse
Un dernier segment confus et inutile.


posted by valmens in Les Critiques and have Comment (1)

One Response to “Bellflower : la critique”

  1. […] “Le film nous livre donc cette tranche de vie d’un homme entre 20 et 30 ans qui ne fait rien si ce n’est s’engager en permanence et volontairement dans les mauvaise directions. […] un jusque boutisme rafraichissant dans le cinéma indépendant actuel.” movieslayer […]

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