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Beginners : la critique

Beginners Malgré quelques bonnes idées et des acteurs presque tous bien choisis, le film ne prend jamais son envol et on se demande sans cesse si cette scène est la dernière, ce qui n’est jamais une bonne chose.
Beginners Note:2/4
Réalisation:Mike Mills
Scenario: Mike Mills
Casting: Ewan McGregor, Christopher Plummer, Mélanie Laurent, Goran Visnjic, Kai Lennox, Mary Page Keller…
Musique: Roger Neill, Dave Palmer et Brian Reitzell
Sortie: 15 Juin 2011

Synopsis:
Oliver, artiste d’une trentaine d’année issu de la bourgeoisie intellectuelle américaine, fait le deuil de son père, un gérant de galerie d’art qui a dû cacher son homosexualité jusqu’à la mort de sa femme.
Critique:
Beginners est un film assez simple et pourtant complexe à aborder, tant son rythme, sa forme et sa conception oscillent du très bon au très mauvais. Entièrement porté par la prestation sobre et juste d’Ewan McGregor (qui rajeunit impudiquement de film en film), dans le rôle de cet artiste en état de tristesse et de mélancolie permanente, plus par incapacité d’appréhender la réalité que par ce qu’il vit, Beginners a le mérite d’avoir un message simple et clair : la vie n’offre pas plusieurs chances, pas d’entraînement, chaque pas est comme le premier. Avec ce point de départ, le film met sur le même piédestal l’acceptation de la mort, la maladie, l’acceptation de l’homosexualité d’un père par son fils et une nouvelle relation amoureuse. L’effort est honorable, malheureusement, le réalisateur s’emmêle très vite les pinceaux et ne parvient pas à donner à chacun de ces tronçons la même intensité, faisant plus planer, sur l’ensemble du film, un ennui lattent qu’une tension palpable. Sur le même sujet et avec le même romantisme décalé, on est quand même bien loin des miracles opérés par Michel Gondry et Charlie Kaufman avec Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, où le fond venait sans cesse en appui de la forme, et où les problèmes des personnages, aussi graves et profonds qu’ils étaient, ne devenaient jamais des boulets narratifs plombant l’histoire. En s’attaquant à un sujet visiblement très personnel, Mike Mills échoue à nous faire partager son enthousiasme et ne parvient jamais à effacer cette distance entre l’histoire et le spectateur.
Beginners

Cependant, le film connaît de nombreux très beaux moments de grâce et une sincérité permanente et touchante qui s’installe avec un certain naturel, démontrant le talent non encore maîtrisé du réalisateur. La merveilleuse complicité qui existe entre Christopher Plummer et Ewan McGregor parvient même à faire oublier l’absence totale d’intérêt des parties du film consacrée à Mélanie Laurent, dont le personnage trop secret aurait mérité de conserver tout au long du film la touche de folie espiègle qui caractérisait sa première apparition. Mais la vraie force du film se trouve ailleurs, dans le personnage extrêmement ambigu de la mère d’Oliver, génialement incarné par Mary Page Keller qui fait de chacune de ses apparitions un feu d’artifices de poésie maternelle, d’amour et de mystère. Le film est d’ailleurs autant une étude de la mélancolie que de la famille, et de ces non-dits qui lient autant qu’ils détruisent. Du point de vue de la réalisation, le film fourmille de bonnes idées, comme l’utilisation constante d’images fixes ou la structure éclatée, mais ne parvient pas à donner du rythme au film et on finit par se sentir écrasé par la même pesanteur que le personnage principal (volontaire ou pas, c’est très désagréable), et à attendre la fin du film.
Beginners

Au final, ce qui marque le plus dans ce film c’est son total manque d’ambition, son incapacité à livrer quoi que ce soit de neuf et d’original, malgré un bon casting, une histoire intéressante et une réalisation soignée et imaginative. Comme si tous les bons ingrédients avaient été mis dans le bol, mais que la sauce n’avait pas pris. Le pire dans tout cela est encore que ce n’est même pas frustrant : le spectateur, au gré des longueurs dans lesquelles s’égare le film, finit par oublier d’attendre autre chose. On subit donc paisiblement le film, qui n’est jamais désagréable, bien au contraire, mais qui n’est que très rarement prenant. On regrette principalement la trop grande importance laissée à l’histoire d’amour, pourtant d’une profonde banalité, et la trop faible présence à l’écran de Mary Page Keller, le reste du film étant plutôt bien proportionné.
Un film soigné et sincère donc, qui ne parvient pas à entraîner le spectateur avec lui, mais qui est servi par de grands acteurs (McGregor, Plummer et Keller en tête) et qui brille par quelques belles idées laissant deviner de bien meilleurs films à venir de la part du réalisateur.

Les plus:
Les résumés des époques et des personnages par des photos
Mary Page Keller
simplement parfaite dans ce rôle
Les moins:
L’incapacité du scenario à trouver un angle d’attaque intéressant
Un manque de rythme handicapant


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