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Midnight Special : la critique

Midnight Special Un hommage à la SF d’antan au scénario un peu bancal qui ne parvient pas à être sauvé par l’élégance de la réalisation ou le jeu des acteurs…
spotlight Note:2/4
Titre original: Midnight Special
Réalisation: Jeff Nichols
Scenario: Jeff Nichols
Casting: Micheal Shannon, Joel Edgerton, Jaeden Lieberher, Kirsten Dunst, Adam Driver…
Sortie: 16 Mars 2016
Musique: David Wingo

Vu le 20 mars 2016 à 17h40 à l’UGC Ciné Cité Confluence

Synopsis:
Alton est un enfant aux capacités hors du commun. Adopté par le leader d’une secte qui l’utilisait comme pour intercepter des « messages divins », il est kidnappé par son père biologique pour le libérer de cette secte. Le FBI s’intéresse également à cet enfant car ces « messages divins » sont en réalité des données extrêmement confidentielles et qui auraient dût être indéchiffrables.
Critique :
Midnight Special, dès son titre, se veut un hommage à la science fiction des années 80. En effet, on retrouve beaucoup de thématique chère au genre de l’époque : l’histoire autour d’un enfant et de sa famille, la focalisation sur l’humain et le réel dans le contexte de l’extraordinaire, la réflexion sur la famille, la volonté de ne pas faire de ce film un pop-corn movie à twist gratuits… Jusqu’à son budget (un très modeste 18 millions de dollars), on retrouve ici une volonté évidente de faire un film à l’ancienne pour retrouver un peu de la grandeur du cinéma de l’époque. Et en ce sens, on comprend pourquoi tout le monde s’évertue à faire un lien entre ce film et quelques classiques que Spielberg (Rencontre du 3ème type et ET en tête, le film de Jeff Nichols reprenant une bonne partie de la structure narrative et faisant de nombreux hommages à ces films). Mais la comparaison s’arrête là car, malgré une réalisation très soignée et décalée par rapport au genre du film (qu’on pourrait presque qualifier de réaliste ou naturaliste) et des acteurs de qualités qui nous font vivre le film, Midnight Special ne parvient jamais à nous faire rentrer dans son histoire. La faute à un scénario un peu trop vague (nous y reviendrons avec des spoilers, attention), un manque total d’humour ou de légèreté (ce qui était pourtant central dans le cinéma de genre des années 80) et une trame narrative assez floue qui se focalise sur la dernière partie d’une histoire beaucoup plus large (après, pourquoi pas), qui fait des ellipses souvent injustifiée et qui mène vers une conclusion décevante. Si les personnages (adultes) sont plutôt bien écrits, on a du mal également à se prendre d’affection pour cet enfant : il a beau être central dans l’histoire, on ne peut s’empêcher d’être frustré par son manque de développement (il passe 90% du film à lire des comic books à l’arrière d’une voiture sans que cela n’ai de conséquence sur l’histoire ou sur lui). Impossible ici de ne pas faire le parallèle avec l’excellent Looper de Rian Johnson qui avait développé un personnage similaire de manière beaucoup plus intelligente et surprenante, notamment en ne l’introduisant que dans le deuxième tiers de film et en ne dévoilant que très progressivement l’aspect extraordinaire de cet enfant. C’est d’autant plus frustrant de trouver un personnage central aussi léger dans son développement dans un film qui se centre sur l’humain.

Midnight Special

Si Jeff Nichols est un excellent réalisateur avec un vision et une personnalité qui transpire de chacun de ses plans, on commence à douter de ses talents de scénariste suite au visionnage de ce film. En effet, ce qui pèche le plus ici, c’est avant tout le scénario : voulant remettre au goût du jour un cinéma où tout n’est pas pré mâché pour le spectateur, où tout n’est pas expliqué, le réalisateur/scénariste oublie d’équilibrer son récit et ne nous en montre/explique pas assez. Ce n’est pas au point où l’on sort de la salle en se demandant ce qui a bien pu se passer, mais on a tout du même du mal à s’attacher aux personnages ou à s’investir dans l’histoire. De plus, et on va rentrer ici dans une zone de spoiler, la conclusion du film est très décevante, on se dit réellement « tout ça pour ça » : ce film pourrait en effet n’être qu’un simple spin off du déjà très décevant Tomorrowland de Brad Bird. Pour résumer, ce film n’invite jamais à la réflexion, à l’analyse ou à l’interprétation, que ce soit par rapport à son histoire et ses personnages ou par rapport à une vision de notre société (ce qui est pourtant central dans le genre auquel il rend hommage). Le scénario de Midnight Special est tellement avar en exposition et en résolution qu’un sentiment de frustration ou même d’indifférence par rapport à ce qui se passe prend le dessus. Pourtant, d’un point de vu formel, Midnight Special a tout pour plaire : un retour à l’âge d’or du film de genre, une réalisation impeccable et un casting très bien équilibré : le duo Michael Shannon / Joel Edgerton fonctionne parfaitement tandis qu’on est content de retrouver le génial Adam Driver (toujours aussi bon) dans un hommage au rôle de François Truffaut dans Rencontre du troisième type qui n’est pas non plus sans rappeler, ne serait-ce que physiquement, le personnage de Jimbo Farrar dans La nuit des enfants rois de Bertrand Lenteric. Les rôles féminins sont quant à eux très secondaires (c’est d’autant plus dommage que ce film essaie de se focaliser sur la famille), Kirsten Dunst n’apparaissant que dans la seconde moitié du film dans un rôle parfaitement inutile (elle n’apporte quasiment rien à l’histoire). Une fois de plus, le cinéma américain nous prouve qu’il est incapable d’écrire des rôles féminins consistants, même dans ce qu’on pourrait qualifier de cinéma d’auteur. Enfin, il est important de souligner l’excellente bande originale de David Wingo, que je ne connaissais pas – mais qui a un nom de famille plutôt cool – qui permet d’amener beaucoup de tension et de rythme au film sans jamais sortir le spectateur de l’aspect immersif et profondément réaliste de l’univers.

Midnight Special

Si l’intention était bonne, le résultat n’est pas au rendez-vous. Midnight Special essaie de reprendre une formule chère aux années 80, le cinéma de genre sur fond de d’histoires de familles, mais ça ne prend pas faute à un scénario qui s’éparpille sans même essayer de se rassembler dans sa conclusion, faute à un manque d’humanité et de légèreté, faute à un point de vu peut être trop sérieux et rigide par rapport à l’histoire racontée. On a une lueur d’espoir avec le personnage incarné par Adam Driver, mais cette piste aussi est vite abandonnée. Loin d’être un mauvais film, Midnight Special est simplement une oeuvre frustrante : bourrée de bonnes intentions, elle n’arrive malheureusement jamais à les retranscrire complètement à l’écran. Sur une thématique et une ambition similaire, JJ Abrams nous avait livré un Super 8 certes moins sérieux et soigné mais beaucoup plus abouti et humain. On en vient à se demander si Jeff Nichols n’a pas essayé de retranscrire un film de Spielberg des années 80 en ôtant la dimension divertissement familiale, qui était pourtant l’aspect le plus important de ce cinéma.

La faute à un scénario mal équilibré (ou trop condensé), Midnight Special est un film frustrant et parfois lent malgré une réalisation, une mise en image et un casting sans défaut.

Les plus:
Adam Driver est au casting, c’est un point positif en soit
La réalisation et la mise en musique sont impeccables
Les moins:
Le scénario est très mal équilibré et incomplet
La conclusion est un véritable pétard mouillé


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