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Batman v Superman l’aube de la justice : la critique

Batman v Superman l'aube de la justice Snyder se relève de son Man of Steel décevant pour nous offrir un film de super héros certes trop sérieux et bancal mais qui trouve ses moments de grâce dans son ridicule involontaire…
Batman v Superman l'aube de la justice Note:1,5/4
Titre original: Batman v Superman : Dawn of Justice
Réalisation: Zack Snyder
Scenario: Chris Terrio, David S. Goyer
Casting: Henry Cavill, Ben Affleck, Amy Adams, Jesse Eisenberg, Jeremy Iron, Holly Hunter, Gal Gadot, Laurence Fishburne…
Sortie: 23 Mars 2016
Musique: Hans Zimmer, Junckie XL

Vu le 27 mars 2016 à 17h20 à l’UGC Ciné Cité Confluence

Synopsis:
Durant son combat contre Zod, si Superman a en effet « sauvé l’humanité », il a aussi détruit la moitié de Metropolis (dont les bureaux de Bruce Wayne, pas cool, pas sympa) et causé d’importants dommages collatéraux, notamment humains, ce qui divise la population à son sujet : est-ce un dieu sauveur type nouveau testament ou un dieu bâtard type ancien testament ? Du coup, tout le monde se pose des questions quant à la liberté d’action (et la confiance) que l’on peut lui accorder. Batman n’y va lui pas par 4 chemins et estime que le seul moyen de se protéger d’éventuels débordement de Superman est de le tuer (en plus c’est un alien).

Critique :
Se positionnant dès ses premières scènes comme une suite directe de Man of Steel, ce Batman V Superman est pourtant très différent de son prédécesseur, qui souffrait d’une imagerie lourde, d’un rythme lent, d’un premier degrés insupportable et d’un héros mal établi. Ici, aucun de ces problèmes n’a vraiment été résolus, mais ils sont moins centraux, on sent que Snyder a été plus libre (il semble notamment avoir été soulagé de l’influence de Nolan, pourtant toujours crédité en tant que producteur exécutif) et il nous livre un film qui lui ressemble. Alors, c’est bien dans l’idée, mais quand on se rappelle que son film le plus personnel était le très bancal Sucker Punch (son seul scénario original), on devine assez rapidement les défauts de ce Batman v Superman. Si, comme souvent, Snyder marque par son style visuel, il ne semble pas réussir à faire passer son message sur la justice (qui est pourtant une thématique centrale, jusque dans le titre du film). Les personnages agissent de manière assez arbitraire, les retournements de situations sont très superficiels et tout le débat autour de la légalité des action du héros est très mal mené si bien qu’on en vient à se demander quel est son intérêt. S’inspirant beaucoup du travaille qu’il avait fait sur Watchmen, faisant de son Superman un évident nouveau Dr Manhattan, le réalisateur n’arrive pas à donner corps à son personnage ce qui rend son comportement et ses réactions parfois incompréhensibles. On ne perçoit pas réellement son rapport à l’humanité et à la justice si bien qu’on a du mal à prendre partie dans la réflexion sur sa liberté d’agir. Du côté de Batman, même si on se paie pour la centième fois au cinéma le meurtre de ses parents dans l’intro (pour les trois au fond de la salle qui connaissaient pas Batman), le personnage est plutôt correctement construit, un héros vieillissant et ayant perdu tous ses grands principes au nom de sa notion très personnelle de la justice. Mais le problème est que cette opposition entre les deux héros sonne faux. Là où on aurait dû avoir deux visions opposées de la justice, comme dans le Dark Knight Returns de Frank Miller, qui a de manière évidente servi de base pour ce film, on se contente dans ce film d’une opposition d’égos, entre un Superman qui veut plaire et un Batman qui veut terroriser. Ce n’est pas inintéressant en soit, mais cela semble presque involontaire et surtout ne mène à rien. Le problème majeur du film est  cependant ce qui se passe autour de ces deux héros. Toutes les intrigues secondaires, et une bonne partie des personnages secondaires, sont inintéressantes au possible. Ce Lex Luthor (qui ressemble plus à un Joker qu’à un puissant homme d’affaire qui agit dans l’ombre) arrive comme un cheveu sur la soupe et semble plus agir en tant que scénariste qu’en tant que personnage. Il n’évolue pas dans le film en tant que protagoniste mais y injecte volontairement des rebondissements pour son propre amusement (là encore, ça aurait peut être intéressant si ça avait été bien développé, en faisant une sorte de méchant méta qui brise un peu le quatrième mur). Lois Lane est transparente et passe le film a se faire sauver (et son enquête ne mène pas à grand chose), Wonder Woman n’est presque pas introduite… Bref, c’est flou et parfois grossier…mais c’est un film de Zack Snyder, à quoi pouvait-on s’attendre ? Ce qui est intéressant, c’est la capacité du réalisateur, à partir du merdier décrit ci-dessus qui aurait fait sombrer n’importe quel film, à nous pondre un blockbuster ovniesque et démesuré qui ne ressemble à rien de ce qui se fait en ce moment qui et nous offre même de nombreux moment de bravoure.

Batman v Superman l'aube de la justice

Car oui, ce Batman V Superman en a tout de même derrière le capot et nous propose des moments d’anthologie qui frisent en permanence le ridicule sans jamais totalement sombrer dedans, ce qui donne une saveur toute particulière au film. Ne serait-ce que le thème de Wonder Woman qui résonne comme un absurde hurlement électrique au milieu des combats confère au film une puissance épique hors du commun parvenant à redonner vie à l’acte final. C’est par des touches absurdes de ce genre que Snyder transforme son film en quelque chose de jamais vu et se démarque des autres réalisateurs de Blockbusters. Qu’il s’agisse des innombrables scènes de rêves hallucinatoires qui vont crescendo vers l’absurde, du montage durant lequel on voit l’entrainement de Batman qu’on croirait tout droit sortie d’un film d’action bourrin des années 80 ou encore de la gratuité totale de la violence de ce même Batman qui, pour ne citer qu’un exemple, accroche une voiture à sa Batmobile avec une corde pour la faire tournoyer et s’en servir de massue pour écraser une autre voiture (et tous ses passagers), on est loin du gentil divertissement de super héros traditionnel. Et c’est tant mieux ! Cela permet presque d’oublier les nombreux défauts du film, à commencer par le scénario à la fois trop dense (on essaie de nous installer en un seul film tout le DC Cinematic Universe, ce qui avait été fait en 4 films au moins chez Marvel) et trop léger (les personnages sont mal établis, il y a d’incessant raccourcis et certains rebondissements ne sont juste pas du tout introduits). Côté casting, la bonne surprise vient de Ben Affleck, qui est un Batman très crédible, et qui donne une nouvelle vie à ce personnage mythique sans qu’à aucun moment cela ne semble forcé. Ce n’est pas le Batman auquel on nous a habitué, et c’est tant mieux. Henri Cavill s’en sort mieux que dans le film précédent (notamment parce qu’il est débarrassé d’une bonne partie des métaphores christiques) et Jeremy Iron est un parfait Alfred, même s’il n’est pas très développé et qu’il ne fait que quelques apparitions avant tout pour alléger le ton du film. La mauvaise surprise c’est Jesse Eisenberg. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Introduit comme une sorte de Evil Mark Zuckerberg (ce qui aurait pu ouvrir la voie à une opposition entre Bruce Wayne et Lex Luthor), il finit par devenir aussi psychotique que le Joker, et à agir sans aucune raison, ôtant tout impacte à ses actions et à ses discours grandiloquents. Mais en plus, Jesse joue mal, très mal, il redéfinit même le terme surjouer, au point qu’il gâche toutes les scènes dans lesquelles il apparaît. Amy Admas n’a quant à elle pas beaucoup de matière pour travailler, puisque son personnage est très mal écrit, faisant en permanence le grand écart entre la demoiselle en détresse et la journaliste d’investigation qui ne recule devant rien. Au final, son personnage passe son temps à faire n’importe quoi, quand on comprend ce qu’il fait (notamment durant l’acte final où elle tombe la tête la première dans l’absurde). Les autres personnages sont très secondaires, voir même anecdotiques, y compris Gal Gadot en Wonder Woman qui n’est casée ici que pour introduire l’univers étendu de DC. Par contre, niveau sonore, on remarque une fois de plus que Hans Zimmer n’est jamais aussi bon que quand il est accompagné. Après nous avoir signé deux BO dantesques pour Batman aux côtés de James Newton Howard (et s’être cassé la gueule en solo sur le troisième opus), il s’associe ici à Junkie XL (que je connaissais pour son travail sur le dernier Mad Max et, surtout, son remix de A little Less Conversation…) pour un résultat qui parvient à donner vie à un film plutôt éparse, et surtout nous offrir ce thème complètement décalé par rapport au reste de la BO pour les interventions de Wonder Woman. Snyder renoue ici avec le style de BO qu’il nous avait proposé sur 300, et c’est tant mieux, c’est probablement l’aspect le plus réussi du film.

Batman v Superman l'aube de la justice

Le principal problème de ce Batman V Superman, c’est qu’il est à la fois trop dense et trop creux. Trop dense dans sa volonté d’établir en un seul film les bases du DC Cinematic Universe, en nous balançant des personnages sans les construire et en leur imposant des oppositions morales ou des affinités qui ne sont pas bien amenées. Et pourtant, on a l’impression qu’il manque beaucoup de choses dans ce films, qu’il s’agissent du développement des personnages, de leurs relations, leur rapport avec la justice ou même des éléments de l’histoire essentiel à la bonne compréhension du film. On ne peut pas s’empêcher de ressentir que les deux premiers tiers du films ressemblent à un « Previously on Batman V Superman » d’épisodes que l’on a pas vu. Par exemple, on ne comprend aucune des actions de Lex Luthor. On ne comprend pas non plus très bien la psychologie de Batman (car le film a préféré nous remontre au ralenti la mort de ses parents et ne faire qu’un clin d’oeil en a de justicier à borderline psychopathe). Cela donne globalement l’impression d’assister à un film incomplet et bancal. Mais Snyder sait faire du cinéma d’action et nous gratifie de quelques scènes savoureuses, avec un sens du rythme et de l’imagerie grandiloquente qu’il manie comme personne. Au final, c’est assez étrange car ce film ressemble à un brouillon de Watchmen, qu’il avait réalisé 10 ans plus tôt et sur lequel il s’était contenté (hormis pour la conclusion) de faire une adaptation très fidèle de la BD d’origine.

Batman V Superman n’est pas le naufrage que l’on craignait, mais il ne parvient pas à donner corps à l’univers cinématographique de DC. Il est à la fois trop et pas assez sérieux, ce qui n’en fait pas un mauvais film, juste un film raté…

Les plus:
Une BO très bien ficelée
Quelques scènes d’actions très réussies
Les moins:
Un scénario brouillon
Des personnages mal définis
Des rebondissements artificiels


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